15 novembre 2019
Critiques

Rambo Last Blood : Mexpendable

La critique du film Rambo : Last Blood

Par Pierre Tognetti alias Peter Hooper

Au début des années 80, les USA rentrent pleines manettes dans leur période Reaganienne. Réalisateurs et producteurs s’encanaillent dans une ère de révisionnisme, histoire de redonner un peu de splendeur a un pays fortement désillusionné par les plaies toujours vivaces du conflit vietnamien. C’est alors que, comme un symbole du passage entre ces deux périodes, surgit au bout d’un pont métallique, le fantôme d’un passé encore très présent. Sous le treillis vermoulu, bannière étoilée sur le torse, un vétéran de cette guerre dont personne n’a voulu et que tous le monde veut oublier. Banni par ses pairs, ce nouveau sans grade c’est John Rambo, animé par une brutalité cathartique.

La suite, on la connaît tous. C’est celle d’un violent survival dans lequel, traqué dans les montagnes comme une bête, il deviendra a son tour prédateur dans une ville qu’il mettra littéralement à feu et à sang. Tout a commencé en 1982 sur un malentendu majeur, puisque ce n’est pas lui qui versa le premier sang, pour s’achever en 2019 sur un accord mineur, car c’est bien lui qui verse le dernier.

On retrouve donc Rambo à l’endroit ou on l’avait laissé lors de l’épilogue du quatrième opus, inattendu et superbe hommage qui reliait parfaitement la saga a son original. Alors que la boucle semblait parfaitement bouclée, le voila de retour. Si après trente sept ans, l’ancien béret vert a encore de la rage plein les veines, ce sont surtout ses propres démons qu’il continue à combattre. Pour le reste, c’était (toujours) pas sa guerre !

Après avoir visionné ce dernier (?) métrage, le lycéen que je fus a la sortie de "Rambo : First Blood", se demande bien ce que le vétéran et lui sont venus faire dans cette galère. Autant ne pas tourner autour du pot dont l’adage affirme que ce sont dans les vieux qu’on y ferait les meilleures soupes : ce "Last Blood" est un fast-food bien gras, lourdos, indigeste et sans saveur !

Pourtant tout commence plutôt bien, dans cette ferme léguée par son père, aux confins du désert de l’Arizona, ou avec sa vielle amie mexicaine, Maria (Adriana Barraza) et sa petite fille, Gabrielle (Yvette Monreal), il s’est trouvé une famille de cœur. Au milieu des chevaux sauvages, l’homme de nature plutôt taiseux ne leur parlent donc pas a l’oreille, mais se contente de les dresser. Une vie en apparence paisible en mode l’amour est dans l’après qui fait le grand écart avec son passé traumatique.

En apparence seulement (on est dans Rambo quand même, pas dans Heidi !). D’abord parce que l’ex soldat, histoire de garder la main, est auxiliaire des forces de secours, et vient en aide bénévolement aux promeneurs égarés. Dans des conditions météorologiques extrêmes, ce qui conduit parfois, au drame de l’intro en mode film catastrophe à la "Daylight" (1996).

Ensuite parce que Gabrielle, qu’il considère comme sa nièce, est enlevée, alors qu’elle était partie à Mexico rechercher son père biologique. Il n’en faut pas plus (c’est déjà pas mal) pour se lancer a sa rescousse. Détenue par un puissant cartel de trafiquant de drogue et de filles, Rambo déterre le couteau de guerre (on s’adapte), qui s’achèvera par un combat sur ses propres terres.

Que du déjà vu et archi revu que ce "Rambo : Last Blood", pour lequel Adrian Grunberg ressort la sauce guacamole de "Kill the gringo" avec Mel Gibson (2012), son unique autre métrage. Un pur "actionner" en Mexploitation, certes bien viril, mais pour lequel il pompe un peu partout. Après donc l’intro "Daylight", basculement en Revenge movie, ou Rambo fait du "Taken" chez les Narcos, ou les "Sicario".

Sur le papier, ces univers calquent volontiers avec celui de l’ex-béret vert. Sur le papier en tout cas. Sur la toile, c’est une toute autre histoire avec un abominable salmigondis d’images, un formidable pornawak articulé autour d’un scénario aussi épais qu’une fajita. Grunberg joue comme un bourrin la carte du Bis poussif et paresseux. Une commodité qui lui permet de ne pas s’embarrasser dans la caractérisation des personnages, principaux ou secondaires. Une fainéantise coupable qui lui permet de faire disparaître sans aucune explication la journaliste (sublime Paz Vega), pourtant le plus intéressant nouveau personnage.

John Rambo pourrait être Machette que cela ne changerait absolument rien à l’intrigue tant on est perdu dans les méandres du cinquième degré ! On aurait rêvé a minima d’une photographie au grain jaunâtre au lieu de cette fichue HD cristalline. Mais absolument rien ne fonctionne. Du coup, dans un final bien trash (bien que la non plus, rien de nouveau par apport a l’épisode précédent) et (involontairement) cartoonesque, Stallone fait joujou à la Macaulay Culkin dans "Maman j’ai raté l’avion" pour piéger le gang dans les tunnels qu’il a creusé (super la métaphore traumatique !).

Le pire (du pire !) c’est avec quel désamour Adrian Grunberg traite son personnage, terré sous le ranch et confronté à ses blessures avec quelques flashs, un arc et un couteau comme uniques références à la mythologie. Le summum du ridicule étant atteint dans ce plan lors du dialogue entre la journaliste, ou Stallone est filmé avec ses lèvres proéminentes bien cadrées, à la Bubba dans "Forrest Gump", l’humour en moins. Sylvester n’a jamais été si caricaturalement proche de sa marionnette des Guignols (mais toujours l’humour en moins !).

Le réalisateur essaie d’appuyer sur la touche nostalgie à travers un plan final crépusculaire, avec monologue en voix off. Pas trop mal fichu même si le procédé est pachydermique, mais, de toutes façons, il est déjà bien trop tard. D’autant que le montage du générique final avec des extraits de toute la saga, d’un amateurisme affligeant (j’aurais fait mieux sur mon PC avec un logiciel gratuit !), contribuera à nanardiser définitivement John Rambo.

Ok ! On a bien compris Adrian Grunberg que tu n’aimes ni Stallone, ni Rambo. Alors un conseil de fan : retournes vite au Mexique te faire une autre crise de foie (…) avec ton gamin et laisse les anciens tranquilles. Et prend garde : dieu aurait pitié, pas Rambo !

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