Critiques

Rampage : La taille compte

Par Guillaume Meral


Difficile de prétendre après coup que l'on voyait d'un bon œil l'arrivée de "Rampage" (distribué par Warner Bros. France) dans les salles. Avec son concept foirasse d'adaptation de jeu-vidéo d'arcade que tout le monde a oublié, le film ne semblait guère avoir d'autres ambitions que servir de la soupe à Dwayne Johnson, toujours en quête d'un véhicule promotionnel à ajouter à l'édifice d'une persona brinquebalante (à plus forte raison avec la présence de son comparse Brad Peyton derrière la caméra). Bref, entre une idée pétée et une star dont la côte d'amour érodée menace de virer au glissement de terrain, toutes les conditions étaient réunies pour tirer à vue sur "Rampage" avant même sa sortie.

A l'arrivée, la (petite) surprise que constitue le film se révèle d'autant plus estimable qu'elle a lieu en dépit de Johnson, dont la personnalité réussit à se révéler envahissante même en partageant l'affiche avec trois monstres géants déformés par les expériences génétiques. Brad Peyton retrouve un peu du mojo qu'il avait manifesté sur Voyage au centre de la terre 2 et corrige partiellement les défauts de San Andreas en livrant un destruction-porn désireux de s'inscrire dans son époque.

Des séquences jouissive
A l'instar de Jordan-Vogt Roberts sur "Kong" et de ce qu'il avait lui-même essayé sur "San Andreas", Peyton substitue aux prérogatives romanesques généralement de vigueur une expérience de l'immédiateté de l'action. "Rampage" est ainsi pensée comme une chaîne de réaction au sein de laquelle chaque scène est pensée en fonction de sa répercussion instantanée sur la suivante. Peyton conserve ainsi un récit à flux tendus (mise en place réduite à peau de chagrin, peu ou pas d'ellipses, point de vue resserré autour des protagonistes principaux) où la mise en scène aspire à la continuité scénique maximum.
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De fait, c'est cette volonté de s'inscrire dans cette aventure contemporaine de l'espace (voir George Miller, Alfonso Cuaron, Alejandro Innarittu) au carrefour de plusieurs médiums qui confère à Rampage sa petite réussite. Ainsi, plutôt que d'aborder son concept avec des méthodes traditionnelles, l'approche de Peyton permet de lier son film à l'univers de départ, le jeu-vidéo. C'est l'aspect le plus jouissif des séquences de destruction dans lesquelles nos trois streums foutent le boxon à Chicago, qui relaient cette idée d'espace virtuel immersif grâce au point de vue engagé.

Des personnages superflus
Pour autant, force est de constater que si le résultat se tient mieux que "San Andreas", Peyton continue de payer l'absence d'une dramaturgie plus conventionnelle. Maitrisant bien moins son sujet que les réalisateurs pré-cités, le réalisateur paye notamment les pots cassés en ce qui. concerne les personnages. Censés se caractériser d'autant plus dans l'action, ceux-ci se révèlent  figés dans un schématisme rigide. D'autant plus que Peyton présente encore quelques difficultés à assumer pleinement son postulat, notamment lorsqu'il demande à son spectateur d'avaler des prétextes dramatiques trop énormes pour être pris pour argent comptant (même dans le cadre d'un film de monstres haut comme des buildings).

Et puis, il y a Dwayne. S'il y a quelques années, l'ancien catcheur se révélait l'atout maître des films dans lesquels il jouait, c'est de moins en moins le cas à mesure que sa starification l'a conduit à recalibrer tous ses projets autour de ses envies plutôt que de ses besoins. Dans "Rampage", c'est d'autant plus voyant que le film n'a clairement pas besoin de lui.

Les personnages ont beau chanté les louanges de son personnage et de sa musculature pour lui tailler une stature bigger than life (que l'acteur essaye d'atténuer comme d'habitude avec une dose d'autodérision bien factice), la star Dwayne Johnson parait constamment jouer les intrus dans le programme du film. Un peu comme celui qui essaye d'attirer le regard du public sans comprendre qu'il lui bouche la vue. En arriver à donner l'impression de s'imposer dans son propre film, c'est définitivement que quelque chose ne va pas…   

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