21 juillet 2019
Critiques

Ready Player One : Un objet (trop) hybride

2045, suite à différentes guerres pour s'accaparer les dernières ressources disponibles sur Terre, le monde est en ruines, il n'y a manifestement plus de gouvernement et notre héros, Wade, vit avec sa tante dans une sorte de décharge où les mobil-homes sont littéralement empilés les uns sur les autres, ce qui n'a aucune raison pratique mais donne l'occasion d'une scène d'introduction très ludique, avec mouvements de caméra tout en fluidité et la découverte d'un univers intrigant … que nous ne verrons plus jusqu'à la fin du film, tout comme le visage des acteurs (tant pis pour les fans de Tye Sheridan, excellent dans "Mud", "Dark Places"… et probablement prochaine grosse sensation à Hollywood). 

En effet, "Ready Player One" se transforme très rapidement en objet hybride et curieux, puisque les trois quarts de l'action se déroulent dans l'Oasis, un monde virtuel auquel on accède en se connectant (car la wifi est manifestement au-dessus des apocalypses) via un avatar. Si le pari est intéressant et aurait pu donner quelque chose d'intéressant en terme d'animation (on a déjà vu, dans Quelques Minutes Après Minuit par exemple, des films live entrecoupés de séquences d'animation très réussies), le résultat à l'image est d'une laideur incommensurable. Nous n'assistons plus à du cinéma, mais à un let's play de mmorpg qui se regarde le nombril.

Reprenant une intrigue à la "Charlie et la Chocolaterie", le but du jeu est de découvrir trois clés, laissées sous forme d'easter eggs, des indices, par le créateur du jeu avant sa mort. Le joueur qui aura obtenu toutes les clés en premier (mais la même clé peut être découverte plusieurs fois par des joueurs différents) deviendra le propriétaire de l'Oasis. Évidemment, une méchante entreprise, dirigée par un méchant PDG en costume rêve de mettre la main sur le monde virtuel, afin de contrôler le monde réel (mais ma compréhension de la géopolitique de cet univers reste assez bancale).

Si "Ready Player One" est une prouesse technique, la narration demeure assez faible, allant d'une citation à l'autre de la pop-culture, n'hésitant pas à incruster sauvagement les avatars du jeu vidéo dans le film "Shining" de Stanley Kubrick, ce qui a très certainement été très amusant à fabriquer mais beaucoup moins à regarder, tant l'écart de raffinement entre les esthétiques du film de Spielberg et de celui de Kubrick est violent.

Les rares segments qui se passent dans le monde réel fonctionnent beaucoup mieux, avec un casting auquel on arrive tout de même à s'attacher, car si j'ai finalement renoncé à croire que la notion de composition du cadre et de beauté parlait à Steven Spielberg, je ne peux que reconnaître la richesse des personnages qu'il créés, ainsi que son talent pour susciter et raconter l'émotion.

Je pense que ce film aura un grand succès public, voire critique, mais je peine à y voir une grande œuvre de cinéma, tant la citation est omniprésente et les idées véhiculées simplistes. Il n'y a aucun mal à faire du divertissement qui s'adresse à tous et dont les enjeux (ici, l'amitié est plus importante que le succès et il est important de vivre dans la réalité) sont simples et évidents, mais je ne crois pas que le cinéma devrait continuer à s'embourber de la sorte dans la nostalgie de ce qu'ont connu les créateurs d'aujourd'hui en grandissant, ni à abandonner toute ambition esthétique au profit d'effets spéciaux qui un jour auront l'air dépassés. Ce film suscite chez moi une sensation similaire à la réécriture futuriste du mythe de Pinocchio, "A.I. - Intelligence Artificielle" (2001), à savoir de la répulsion pour les images mais un réel intérêt pour la réflexion métaphysique proposée (et de grosses larmes de compassion pour le petit garçon-robot car je possède un cœur).

Steven Spielberg a ce talent rare de faire toujours des films qui capturent quelque chose de l'air du temps et ne semble jamais dépassé par les changements de civilisation ou le progrès technique, il accompagne le progrès et joue avec lui, nous verrons bien si le panthéon du cinéma retiendra quoi que ce soit de son œuvre à partir de l'année 2000 (mais les 30 ans qui précèdent sont déjà conséquents).

Je ne peux m'empêcher de ressentir une appréhension certaine quant au remake de "West Side Story" (mon film préféré, quelle ironie du sort), mais voir des battles de danse entre aliens et robots sur fond vert peut révéler une remise en perspective intéressante du classique de la comédie musicale des années 1960.
Auteur :Yvanna Trambouze
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