21 octobre 2019
Critiques

Réalité : Critique n° 2

"Réalité" fait incontestablement partie de ces films au titre moqueur. Ces œuvres qui, jamais, ne pourront faire l'unanimité par leur complexité, destinées à un public plus qu'averti. On adore ou on déteste. On se gratte le crâne. On réfléchit. On ne comprend pas. On hoche la tête, pour faire comme le voisin. La folie nous berce, chantonne dans nos oreilles. Et bon sang, que c'est agréable. Alors d'avance, sachez-le. Dans le cœur des spectateurs, il est déjà renommé « réelle illusion ».

Quentin Dupieux est un des rares réalisateurs Français a encore osé bouleverser les codes. Que les fans des schémas narratifs classiques reculent d'un pas. Ici, le début et la fin ne font qu'un, et encore, même en disant cela, on ne dit pas grand-chose. A la manière d'un "Cloud Atlas", mais version Kubrick, différents destins se mêlent et se confondent. Rêves, fantasmes, cauchemars et réalité se croisent et copulent avec ivresse pour ne faire plus qu'un. Et contrairement à un thriller de Christopher Nolan, ici on ne cherche pas la clef de l'énigme. On se fait « inceptionner » avec jouissance. La lumière a beau réapparaître à la fin du film, la salle de notre cerveau restera toujours aussi obscure. Ce qui fait paradoxalement un bien fou. Les images sont ce que nous voulons qu'elles soient. A votre guise d'y voir un immense cauchemar dont on se réveille pas ou simple délire de réalisateur accro à la cocaïne ou aux pépitos.

Et pourtant, malgré ce bric-à-brac enivrant, se dégage une critique presque trop facile de l'industrie du cinéma. Hollywood, ses vices et travers, ses producteurs cupides, ses réalisateurs arrogants. Des caricatures qui fonctionnent et provoque le rire presque instantanément, tant chaque ton dénote toujours fidèlement avec la situation. Le réalisateur ose même faire un doigt imaginaire aux oscars en proposant une chasse « au meilleur gémissement », prétexte à de nombreuses péripéties. La télévision en prend aussi pour son grade, les télé-réalité et émissions culinaires en chef-de-tête. Mais toujours avec le plus grand humour. Alain Chabat et Jonathan Lambert sortes de leur zone de confort et nous propose là un duo agréable et efficace.

Quentin Dupieux est assurément un amoureux des arts et du cinéma. Les références sont nombreuses, ce qui fait de "Réalité" l'enfant d'un flirt passionnel entre Samuel Beckett et David Lynch. L'absurde domine le film, tout comme la dérision. Quand dans « Fin de partie », pièce de théâtre du premier père cité, le personnage principal voit  « une foule en délire », Dupieux s'amuse à parler directement aux spectateurs ou presque. Tout comme "Réalité" (prononcé à l'américaine, il s'agit là du nom du personnage principal du film), nous ne comprenons point le cheminement de pensée. Aurions-nous donc de l'eczéma à l'intérieur du cerveau, comme il est nous si souvent suggéré face-caméra ? Quand à David Lynch, il ne peut que rougir face à "Réalité", clin d'œil constant et mouvant à "Mulholland Drive". La mystérieuse boîte bleue laissant ici place à une cassette, toujours de la même couleur. Et le « silencio », mot de passe absorbant toute dimension onirique à un simple mais efficace « réveille-toi ». Hélas (?) ici on ne se réveille pas, ça jamais.

Si bien que je ne saurais vous dire si je suis actuellement devant mon ordinateur ou encore dans la salle de cinéma. Je vous y invite donc de ce pas à vous déplacer pour vous en rendre compte par vous-même. Parce que le made in France, c'est aussi et surtout autre chose que "Bis" ou "La famille Bélier".

Merci, monsieur Dupieux !
Auteur :Mélissa Chevreuil
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