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Reality : Les défauts sont bien réels

Au dernier Festival de Cannes, Matteo Garrone a obtenu le Grand Prix. Pourtant le nouvel opus du prodige qui avait livré un étonnant "Gomorra" il y a quelques années déçoit beaucoup. Au-delà de son propos, "Reality" peine à transcender ses failles pour tenir le spectateur en haleine.
 
Au dernier festival de Cannes, on attendait beaucoup de Matteo Garrone. Il faut dire que l'italien avait frappé fort quelques années auparavant avec son "Gomorra", sur les coulisses de la mafia napolitaine. Un film sec, âpre et efficace. Autant dire qu'on ne l'attendait pas dans l'univers de la télé-réalité. C'est pourtant bien là qu'on le retrouve. Il nous conte l'histoire de Luciano. Napolitain, vendeur de poisson. Chef de famille aimé, hâbleur et exubérant. Luciano a toujours le mot pour rire, l'enthousiasme communicatif. Il est la bonne humeur incarnée. Il fait partie de ce peuple italien qui fait le bonheur des caricaturistes et des producteurs de télé-réalité. Parce que parmi ces Napolitains, les programmes sont élevés au rang de religion. 
 
La télé-réalité peut-elle rendre fou ? Clairement, pour Matteo Garrone, la réponse est oui. Elle peut même rendre fou ceux qui ne sont pas devant ses caméras. En montrant la société italienne toute entière subjuguée par ces fausses vedettes, accrochées à un potentiel de gloire médiatique, éphémère et dérisoire, mais bien meilleure que le quotidien, il signe une critique acide de ses contemporains. Plus de raison, plus de mesure, la télé-réalité s'infiltre partout, jusqu'à toucher même l'esprit des gens qui la regardent. C'est dur. Mais ce n'est pas tout à fait faux.
 
Et c'est d'ailleurs avec ce propos et ses ramifications dans notre propre vie que Matteo Garrone fait mouche. C'est le questionnement que Reality induit qui fait la force du film. Parce que même si la mise en scène est plutôt savante et efficace... On sent Garrone tiraillé entre ses envies de drame et de comédie, entre une histoire presque kafkaïenne imposée à son héros et son envie de kitsch et de drôlerie. Jamais il ne décide, presque malgré lui, et le film balance donc indéfiniment entre les deux possibilités. Cela tient aussi, il est vrai, à son comédien principal, Aniello Arena. Un non-professionnel qui a réussi à rester hors de prison le temps du tournage, pour mieux y retourner. Il communique à son personnage un danger, une urgence, qui tirent cette histoire vers le drame...
 
Pour le reste, malgré tout, "Reality" déçoit donc. Bande originale plutôt convenue, saynètes mises bout à bout et long ventre mou, la maestria de Garrone ne suffit pas à passer outre les défauts de son film. Dommage.
Auteur :Fadette Drouard
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