25 octobre 2020
Critiques

Relic : Déprimant mais réussi

Par Denis Dutronc

Natalie Erika James. Retenez le nom de cette jeune réalisatrice sino-australienne qui, pour "Relic", son premier film au casting 100% féminin, nous livre une allégorie sur la démence sénile.

L'horreur est souvent vectrice de sujets délicats, polémiques ou très personnels. Dans "Relic", l'horreur est utilisée comme une métaphore de la démence mais traitée d'une manière inattendue et audacieuse. "Relic" est intelligent dans sa capacité à puiser dans des thèmes universels et explorer les peurs individuels, subtil dans le traitement de son sujet et le jeu des actrices, effrayant dans la lutte de ces deux femmes pour gérer la dégénérescence d'un être cher, mais également émouvant dans son dernier quart d'heure.

"Relic" représente trois générations, chacune essayant de comprendre l’autre. Il y a une tension entre les deux depuis le tout début. Sam veut rester et aider sa grand-mère, mais Kay, coupable d'avoir récemment négligée la femme plus âgée, veut trouver un établissement de soins pour personnes âgées. Sam se réfère à sa mère par son prénom, mais jamais à sa grand-mère. Elle n'a pas non plus jugé nécessaire de dire à sa mère qu'elle avait quitté son travail ou l'état de sa vie. La petite fille se range continuellement du côté de sa grand-mère.

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Bella Heathcote - Copyrights Star Invest Films France

"Relic" n'est clairement pas pour tout le monde tant le film peut avoir un aspect déprimant. En effet, il est difficile de regarder cette femme aux prises avec sa mère malade à la fin de sa vie sans penser à nos propres relations avec nos parents et le sombre rappel qu’une mère et son enfant doivent un jour se séparer. La scène finale est d’ailleurs d'une puissance émotionnelle qui restera aussi bien émouvante qu'obsédante après son visionnage.

Emily Mortimer, Robyn Nevin et Bella Heathcote délivrent une belle performance d’actrices. Mention spéciale à Robyn Nevin qui passe tantôt d'un état complètement lucide et aimante à celui bien plus inquiétant d'une grande confusion avec des éclats de rage dangereuse. La maison, en décomposition, est également un personnage en soi dans "Relic". Elle semble hantée et conduire ses habitants à la folie et au désespoir. Elle sert également de représentation physique du passé et de la vie qu'ils y ont partagée avec Kay en tant qu'enfant. Edna dit même dans le film "La maison est la seule chose qui reste".

Malgré une année 2020 catastrophique sur tous les plans, la réalisation ne se veut absolument pas être une vision nihiliste du monde. Il s’agit vraiment de l’importance de la connexion face à la dureté du monde et à la mort inévitable. "Relic" est enracinée dans la famille, la compassion, le désir d'être là, la peur de la solitude, l’incompréhension multigénérationnelle. Une belle réussite finalement pour ce le premier long-métrage doublée d'une solide  et déchirante méditation sur le fait de regarder quelqu'un que vous aimez s'éloigner, jusqu'à ce qu'il ne soit plus ce qu'il était. Toutefois, plusieurs questions subsistent après le visionnage de "Relic" et qui demeurent sans réponse : comment faire face au déclin cognitif ? Que devons-nous à nos parents ? Que restera-t-il de nous ? Qui sera là pour nous accepter dans la maladie ? Autant de questions effrayantes et frustrantes qu'il faut pourtant considérer avec "Relic"...


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