24 octobre 2020
Critiques

Relic : La critique du film

Par Alexa Bouhelier Ruelle


Une maison hantée ? Un drame psychologique ? L’utilisation de l’horreur comme métaphore pour explorer une relation mère/fille ? La réponse est tout à la fois. « Ou est tout le monde? » demande cette grand-mère perdue au milieu de la forêt, elle le répète encore et encore, car elle a besoin qu’on lui réponde. Même si sa fille et sa petite-fille sont près d’elle, elle ressent une isolation extrême.

La réalisatrice australienne, Natalie Erika James touche une corde sensible avec "Relic", un nouveau long-métrage d’horreur qui a du cœur et une âme. Voir ses parents vieillir peut-être perçu comme une bénédiction, mais aussi tel un cauchemar. Cette dernière option, entremêlée de surnaturel et autre monstruosité, est bel et bien au centre de ce nouveau film ; même si celui-ci confirme l’aspect organique de ce processus naturel, le fait de vieillir se révèle éprouvant pour les personnes en faisant l’expérience mais aussi pour les témoins.

Edna et ses reliques

"Relic" se montre sous son meilleur jour en considérant la démence comme le point d’ancrage de l’horreur. Après tout, qu’est-ce qui peut bien être plus terrifiant que perdre tous sens de soi-même ? James démontre un savoir-faire certain pour ce qui est de la tonalité des émotions mise en avant à travers ces trois générations de femmes, et cette tension sous-jacente très claire. La maison est hantée, c’est un fait. Toutefois, ce sont les personnages qui sont réellement hantés, par le passé, par les regrets, la honte, par tous ces actes manqués, non-dits et toute cette peine. Ces expériences remontent à la surface tellement brutalement que tout l’environnent devient hanté à son tour. Cette peur qu’à Edna de la maison, et tous ses petits post-it laissé un peu partout, sont les piliers de sa démence.

C’est peut-être aussi l’aspect du film le plus intéressant et poignant. La peur d’Edna est légitime : il y a quelque chose d'anormal dans la maison. Cependant, ce n’est pas pour autant qu’on l’écoute, car on n’écoute pas vraiment les personnes âgées, au mieux on les ignore. La solitude et la terreur que ressent Edna sont pourtant bien réelles, mais encore une fois interprétées tels des signes de démence. Alors que cette femme est peut-être la seule à savoir réellement ce qu’il se passe dans cette maison. Robyn Nevin est l’ancre de ce navire fantôme, démontrant d’une sublime façon comment son personnage devient une étrangère pour elle-même, le regard vide alors qu’un bleu mystérieux s’étend sur sa poitrine. A ses côtés, Emily Mortimer joue le désespoir à la perfection, communicant une peine incontrôlable devant cette mère qui lui échappe petit à petit.

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Robyn Nevin - Copyright Star Invest Films France
Une maison hantée pas comme les autres

"Relic" évolue très lentement, à travers les dialogues, mais aussi les non-dits entre ces trois générations de femmes cohabitant sous le même toit. On ne peut pas dire que le spectateur croule sous une avalanche d’information, de psychologie ou d’exposition. D’une même façon, le temps est un thème principal, ce que la réalisatrice dépeint de A à Z visuellement avec brio : à travers l’eau débordant d’une baignoire, des fruits pourris dans un saladier, ou la végétation envahissant un vieux terrain de tennis. Charlie Saroff pour la photographie, entremêle des images déroutantes de symbolique à travers des plans fixes, avec des séquences d’actions frénétiques, tout particulièrement à la fin du film.

La maison dans "Relic" est filmée telle une collection de reliques prenant la poussière sur les étagères d’un musée abandonné, une prouesse artistique rare. Tout comme l’Overlook Hotel, les personnages ne sont jamais vraiment surs où elles se trouvent. Une succession de pièces dans des pièces, au bout de couloirs interminables, qui n’ont aucun sens géographique. Par exemple, Sam s’aventure à travers ce qui se trouve être un portail vers une version alternative de cette maison - ou est-ce directement un univers parallèle ? – qui s’étend, se rétréci et semble tout de même exister au sein de la maison principale. Cette même maison qui devient alors le vrai démon du film.

Les dernières 20 minutes sont extrêmement claustrophobe, arrachant quelques références à des films comme "Mother !" de Darren Aronofsky. La maison de "Relic" est seulement un décor pour celle se trouvant sous la surface, une métaphore puissante de la condition humaine. Si ce film apparait comme un exercice intellectuel, c’est qu’il en est un. Néanmoins, la beauté de "Relic" réside dans le fait que vous le ressentirez, puis vous y penserez.

L’image finale, de ces trois femmes couchées l’une à côté de l’autre, n’est pas particulièrement terrifiante. Mais elle se place sur le podium des scènes finale les plus ambiguë, inhabituelle, dérangeante, énigmatique et bizarrement touchante de toute cette année. Et s’inscrit encore une fois dans le royaume de l’allégorie, créant un film d’horreur avec, en son centre, le pouvoir intergénérationnel et fascinant de la mort, ainsi que ce qui nous attend de l’autre coté. Laissant le spectateur réfléchir sur l’héritage de nos ancêtres et ce qui nous lie à notre famille...


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