22 janvier 2022
Critiques

Reminiscence : Entre espoirs et désillusions

Par Yaël Djender

L’étrange dystopie que nous sert Lisa Joy dans "Reminiscence" fait l’effet d’un pétard mouillé, desservie par un scénario moyen auquel même un excellent trio de tête ne saurait donner vie. Une déception !

On le sait, Hugh Jackman suscite automatiquement de nombreuses attentes dès lors qu’il s’engage dans un projet. Se targuer aujourd’hui d’une popularité équivalente à la sienne n’est pas chose courante. Très juste en mutant enragé dans la saga " X-Men". Absolument brillant en père de famille assoiffé de justice dans "Prisoners". Digne représentant de la littérature française à l’international dans "Les Misérables". Il faut dire que la notoriété de l’acteur australien est loin d’être le fruit du hasard.

De hautes références

Bien que Thandiwe Newton et Rebecca Ferguson n’affichent pas un CV aussi impressionnant que celui de leur compère d’affiche, elles n’ont pas à rougir de leurs carrières respectives. Elles ont rayonné dans "Collision" et "Westworld" pour l’une. Dans "Mission Impossible" et "Doctor Sleep" pour l’autre. Les deux actrices peuvent aisément être ajoutées à la longue liste des diamants bruts mésestimés à Hollywood.

Ces trois noms étaient autant de raisons de croire que "Reminiscence" pourrait au mieux se hisser au rang de très bon film de science-fiction. Au pire à celui de divertissement haut de gamme porté par un casting XXL. Il n’est pourtant ni l’un, ni l’autre. Il adopte plutôt l’allure d’un bon flop à gros budget, dans la lignée de « R.I.P.D : Brigade Fantôme" et autres "Green Lantern". Mais qu’est-ce qui coince exactement ?

Un scénario inutilement alambiqué

Alors que le pitch de départ était accrocheur, la manière dont il a été traité par la réalisatrice laisse sincèrement à désirer. Dans un monde ravagé par la guerre, le trafic de drogue et le réchauffement climatique, l’espoir est un luxe que très peuvent s’offrir. La seule manière d’être à nouveau heureux n’est pas de se tourner vers l’avenir, mais bien de regarder dans le passé. Une sorte de « c’était mieux avant » version futuriste, en somme...

Et si la nostalgie est avant tout une émotion, Nick Bannister (Hugh Jackman) et Watts (Thandiwe Newton) ont décidé d’en faire leur fonds de commerce. Ils sont convaincus que c’est l’une des choses de la vie qui ne cessera jamais d’être à la mode. C’est alors qu’une étrange relation amoureuse  va venir briser la tranquillité du quotidien de cette petite entreprise. Sur fond de services rendus à des barons de la mafia. Et c’est justement là que tout s’effondre.

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Après une introduction soignée, ponctuée de jolis messages sur l’écoulement du temps et la valeur des souvenirs, "Reminiscence" perd tout son charme et sombre dans une intrigue sans queue ni tête. Une intrigue allant même jusqu’à s’inventer une complexité qui n’a pas lieu d’être. Nos héros font (sans surprise) beaucoup de mauvais choix. Ceux-ci les amènent à en payer les conséquences, lesquelles entraînent d’autres conséquences, qui en entraînent d’autres. Tout ça pour finalement revenir au point de départ avec un twist final absurde… Et de conclure sur un discours maladroit et insensé, qui ne tranche jamais clairement entre le passé et le futur. Le climax vous laissera pour sûr dans l’incompréhension la plus totale. Avec en bonus, la désagréable impression d’avoir fait du surplace pendant près de deux heures. Le constat est froid, mais bien réel : l’écriture de "Reminiscence" est tout simplement bâclée.

L’absence du facteur nouveauté

Faire de la science-fiction (et de surcroît une dystopie) est loin d’être devenu une promenade de santé en 2021. C’est une certitude. Le genre a été travaillé sous tous les angles par des cinéastes brillants (et moins brillants). De "Metropolis " à "Hunger Games" en passant par "1984". C’était donc un vrai défi que décidait de relever Lisa Joy en s’engageant dans ce projet. En effet, pour espérer rafler la mise auprès du public, il faut arriver avec une certaine originalité. Qu’elle soit scénaristique ou purement esthétique. Le problème est que dans "Reminiscence", tout semble affreusement daté.

Le « déjà vu » transpire de la plupart des décors. Ils en deviennent presque ennuyeux tandis que l’importante pauvreté chorégraphique des scènes d’actions empêche l’illusion de fonctionner. De quoi donner des migraines aux amateurs de "John Wick" et "The Equalizer" ? Rien n’est moins sûr.

Difficile, dans ces conditions, d’avoir une qualité solide à laquelle se rattacher. Tout est beaucoup trop moyen pour être réellement mis en exergue. Même la bande-originale de Ramin Djawadi (qui nous avait habitués à des sonorités grandioses avec "Iron Man", "Pacific Rim" ou "Game of Thrones", ndlr), nous paraît insipide. C’est dire si "Reminiscence" passe à côté de son potentiel !


Une résultat mitigé

Notons tout de même un rythme plutôt bien dosé qui donne l’impression d’avoir affaire à une aventure qui avance. Notons aussi une gestion efficace des temps morts (qui sont, soit dit en passant, les meilleurs moments du film), mais aussi et surtout une interprétation de bonne facture. Mais qui doutait encore des têtes d’affiche dont il est question ici ?

"Reminiscence" n’est donc pas foncièrement mauvais, mais il est également très loin d’être bon. Sans jamais chercher à apporter sa pierre à l’immense édifice qu’est la SF, il finira très certainement aux oubliettes, ou traînera sur l’étagère de quelque curieux qui aurait croisé la route de son DVD en grande surface.

Les 68 millions de dollars qu’il a demandé rendent inexcusables ses défauts, notamment techniques, et risquent de lui coûter cher au box-office. Peut-être que son arrivée sur les plateformes VOD/SVOD d’ici quelques mois lui fera le plus grand bien. Peut-être même qu’il y trouvera un public prêt à lui pardonner ses erreurs. Mais comme ce n’est pas notre cas, nous nous contenterons probablement d’un seul visionnage…

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