14 juillet 2020
Critiques

Réparer les vivants : Une puissante vague d’émotions

Après le sensible "Suzanne", en 2013, Katell Quillévéré revient avec "Réparer les vivants" (distribué par Pyramide Distribution) , un magnifique film qui traite du don d'organes. Un défi de taille car il s'agit de l'adaptation du roman du même nom Réparer les Vivants de Maylis de Kerangal.

"Réparer les vivants", c'est une sorte de flot de larmes qu'on essaie (en vain) de contenir dès la première seconde. Il s'ouvre sur une sublime escapade en surf au petit matin. La caméra nous montre une mer fascinante, puissante et presque indomptable. On comprend alors que l'intérêt du film va se jouer sur le ressenti des personnages, sur cette petite étincelle pour laquelle nous nous levons chaque jour mais qu'il nous est impossible de décrire avec les bons mots.

C'est cette vague pour laquelle Simon se lève si tôt et avec tant d'enthousiasme, qui va (en quelque sorte) lui arracher la vie, le plongeant dans un état de mort cérébrale. Une violente nouvelle qui annonce un choix difficile pour ses parents. En effet le temps est compté. Malgré la douleur et le drame, ce n'est qu'une question de jours avant que les organes de Simon ne perdent leurs fonctions.

Un fait qui doit être annoncé par les médecins avec beaucoup de tact et d'empathie. Ce que fait brillamment Tahar Rahim dans un très beau rôle de coordinateur. Il est le pont entre les différents services de l'hôpital et la famille. C'est lui qui, avec le regard bienveillant et paternel du grand Bouli Laners, va nous accompagner tout le long de l'histoire. Il est notre repère quand bien même la seconde partie du film change de décor et se concentre sur le personnage de Claire en attente d'une greffe de cœur. Nous regagnons Paris mais peu importe l'hôpital où on se trouve, le discours médical ne perd pas de sa maitrise et de sa bienveillance : « c'est votre choix, il vous appartient ».

"Réparer les vivants" met avant tout l'humain en lumière et donne envie de faire confiance au Corps médical. De lui tirer sa révérence pour son accompagnement, ses prouesses, son écoute et son dévouement. Malgré leur blouse, les médecins et chirurgiens restent avant tout des êtres humains et c'est ainsi que nous les montre Katell Quillévéré. Des êtres qui respectent la vie et qui la tiennent précieusement entre leurs mains. Alors oui, ce n'est pas sans pointer du doigt quelques maladresses d'une troublante infirmière. Mais il en ressort toujours une grande altérité.

Nos émotions sont mises à rude épreuve et pourtant c'est sans crise larmoyante, sans surplus de dialogue et sans assaut de culpabilité. Emanuelle Seigner et Kool Shen interprètent leur tristesse avec contenance et justesse. Chaque scène nous est montrée dans sa vérité tout en gardant pudeur et délicatesse. Il en est de même pour les liens entre les personnages et pour les corps. Peu nombreux sont les mensonges et s'il y en a, ils ne servent qu'à faire du bien et à protéger.

La vie et les détails privés des personnages sont finalement peu décrits et ils nous importent peu dans ce film car l'essentiel est compris. La réalisatrice a préféré nous montrer les valeurs des personnages, l'amour pour leurs proches, l'attachement pour leurs patients. Le personnage de Claire (jouée par l'époustouflante Anne Dorval – que vous avez pu découvrir dans "Mommy" de Xaver Dolan) est plein d'espoir et le soutien de ses fils nous émeut et nous remplit de force.

En quelques mots ce film donne une furieuse envie de vivre, d'aimer et de délaisser tout jugement. "Réparer les vivants" : un film puissant, plein d'espoir et de poésie.
Auteure :Clémence Leroy
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