Critiques

Requiem For A Dream : Descente aux enfers !

Deuxième réalisation d'Aronofsky, "Requiem For A Dream" (distribué par Sagittaire Films) vous entraînera, avec ses personnages principaux, dans une descente au plus profond de l'enfer. Le sujet traite du problème de l'accoutumance. Pour la plupart d'entre nous, celle-ci est synonyme de drogue. Or dans ce sujet-ci, la drogue n'est pas la seule accoutumance : la télévision est tout aussi dangereuse. C'est par ce biais que le jeune réalisateur américain aborde son thème.

La pauvreté d'un quartier de New-York semble être un cadre idéal pour ce type de film. Aronofsky ne nous la montre pas, on est assez intelligent pour la sentir. Cette pauvreté n'est pas seulement pécuniaire, elle est aussi spirituelle. Car les deux personnages principaux, Harry et sa mère Sara, ne recherchent qu'une seule et même chose : s'enrichir, que ce soit de manière illégale pour le fils ou spirituelle pour la mère. Cette quête du bonheur, notion différente pour chaque personne, comporte bien évidemment des obstacles et des dangers.

L'escalade des moyens que se donnent les personnages est inversement proportionnelle à leur déchéance physique ou mentale. Harry, le personnage interprété par Jared Leto, n'a jamais gagné autant d'argent que lorqu'il vend de la drogue. Cette montée en puissance le perdra. Quant à sa mère, de loin la personne la plus intrigante et la plus intéressante du film, son rêve de passer dans une émission de télévision ne sera jamais exaucé, cela malgré l'insistance qu'elle apporte aux personnes qui lui ont promis cela.

Ellen Burstyn est époustouflante de vérité. Si vous avez l'occasion de revoir "L'Exorciste", regardez bien Ellen Burstyn il y a presque 30 ans et maintenant : une grande actrice ne vieillit jamais réellement. Cette mère de famille, seule et ayant, comme beaucoup de personne de nos sociétés occidentales, pour seule compagnie une télévision, va sombrer peu à peu dans la folie. Son hypothétique rendez-vous avec son émission préférée la pousse à maigrir, afin de pouvoir revêtir sa robe favorite. Pour cela, elle utilise à outrance des pilules qui la feront complètement délirer. Elle consomme légalement ce que son fils, Harry, vend illégalement.

Jared Leto, avec son visage enfantin, a perdu une dizaine de kilos pour le rôle. Il est comme à son habitude peu expressif mais assez pour faire passer ses émotions. Il est entouré par un étonnant Marlon Wayans, qui nous avait fait rire dans "Scary Movie". Enfin un rôle un peu plus sérieux pour ce jeune acteur. Mention spéciale à la belle Jennifer Connelly qui interprète une jeune fille un peu paumée. Cette actrice, qui a débuté à l'âge de 12 ans sous la direction de Sergio Leone pour "Il était une fois en Amérique", trouve ici un personnage mature qui fera date dans sa déjà longue filmographie.

Darren Aronofsky dirige cette petite équipe d'une main de maître. On sent qu'il va aborder son sujet d'une manière très « clipée ». En effet, les scènes sont courtes et les acteurs filmés très serrés. Comme quoi une bonne réalisation ne passe forcément pas par un récit épique et de somptueux décors. Aronofsky, qui adapte ici un roman de Hubert Selby Jr, utilise beaucoup la steadycam, cette caméra que seul un technicien confirmé peut manipuler. Il remet aussi au goût du jour un procédé dont Norman Jewison avait abusé pour "L'affaire Thomas Crown" : les images splitées, où l'on voit deux personnages qui se trouvent proches l'un de l'autre, tout en étant séparés par une cassure sur l'image. Cela permet d'observer deux points de vue différents.

"Requiem For A Dream", aux images choquantes par moments et aux situations drôles par d'autres, vous fera non pas une fois de plus découvrir la drogue, mais toutes sortes de dépendances. Cela vous permettra peut-être de vous poser quelques questions sur notre condition. En tout cas, placez une option sur Darren Aronofsky, un réalisateur prometteur. La Warner l'a bien senti car elle lui a proposé la réalisation et l'écriture du prochain Batman, écrit en collaboration avec Franck Miller, un dessinateur réputé. Gageons que Aronofsky retrouve ainsi l'esprit qui habitait l'homme chauve-souris dans les deux premiers volets réalisés par Tim Burton

Auteur :Pierre Godon
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