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Requiem pour une tueuse : Et pour un film

Depuis la sortie de "La Môme", Marion Cotillard est devenue la tête de Turc de tout un pays, immanquablement raillée à chacune de ses apparitions publiques ou artistiques. Mais Madame Canet devrait bientôt pouvoir souffler, puisque Mélanie Laurent est en train de lui ravir ce titre peu enviable. Quelques prestations approximatives et un single ni fait ni à faire ont fait de la demoiselle la nouvelle femme à abattre, et ce quoi qu'il arrive. "Requiem pour une tueuse" ne devrait pas permettre à la jeune actrice de relancer une image en cours de dégradation ; pourtant, il faut bien reconnaître que son jeu est sans doute ce qu'il y a de moins atroce dans ce navet absolu, qui ne pourra que faire honte aux défenseurs du cinéma français.

Le premier problème du film de Jérôme Le Gris est son refus total de se positionner dans un genre précis. Or il faut bien du talent pour parvenir à s'épanouir à la croisée des genres. Les premières scènes de "Requiem pour une tueuse" reflètent parfaitement la totale désorientation d'un réalisateur sans univers. Le cinéaste tente de broder une arrière-toile réaliste, douloureuse même, en dépeignant la détresse de cette jeune tueuse condamnée à délaisser sa fille pour accomplir correctement son métier. On se laisserait presque berner par cette séquence, la moins ratée de toutes. Mais la fameuse Lucrèce part en mission, et tout s'effrite illico. Imaginez un peu la meilleure tueuse du monde, robe sexy, cheveux peroxydés (ça permet de se fondre dans la masse), qui doit tuer dans une église un homme dont elle ne connaît même pas le visage. Heureusement, son super boss lui a fourni un élément capital : la cible est allergique aux chats. Alors, ni une ni deux, Lucrèce balance trois chatons dans l'église et n'a ensuite qu'à attendre quelques secondes et les premiers éternuements. Une fois son contrat repéré, elle se glisse dans la sacristie et injecte un poison hyper puissant dans l'une des hosties. Mais pas n'importe laquelle, hein, puisqu'elle aura repéré au préalable quelle position occupera l'homme en question dans la file qui le mènera au prêtre...

Ce n'est qu'un début, mais on aura rapidement compris que ce scénar de mauvaise BD ne peut que foncer droit dans le mur, surtout s'il n'assume pas ses élans cartoonesques et préfère faire preuve d'un premier degré ridicule. En dix minutes, l'affaire est entendue : il conviendra soit de fuir, soit de s'amuser aux dépens de cette totale aberration. La deuxième solution est relativement jouissive, puisque "Requiem pour une tueuse" atteint régulièrement des sommets de n'importe quoi. La première partie est construite sur un mode binaire fort distrayant : le patron de Lucrèce lui confie une arme ultra tordue (comme si les armes de base ou les poisons discrets n'existaient pas), qu'elle utilise de façon incorrecte... et ainsi de suite. La suite consiste en un whodunit tordant, puisque Le Gris y réinvente l'art de la fausse piste. Grâce à sa méthode, il suffit d'insérer de façon complètement aléatoire des plans de coupe sur des personnages tordant leur visage pour avoir l'air louche. Mais pourquoi aucun grand metteur en scène n'y avait pensé plus tôt ?

Dans ce festival d'invraisemblances, Mélanie Laurent fait ce qu'elle peut — et elle ne peut pas grand chose — et finit par passer relativement inaperçue, reléguée au second plan par une horde d'acteurs en méforme. Clovis Cornillac, Tchéky Karyo, Christopher Stills, Xavier Gallais, Johan Leysen : tous semblent en dehors du coup, aussi peu convaincus que nous par la nullité cosmique des situations proposées. "Requiem pour une tueuse" est le genre de film qui vous donne envie de clamer haut et fort des phrases bien démago du genre « Dire que certains bons auteurs n'arrivent pas à financer leurs films ! ». C'est vrai qu'il est purement scandaleux d'imaginer qu'un tel script ait pu franchir les différentes étapes lui permettant de voir le jour. Cependant, si la vie n'est pas trop mal faite, on ne devrait plus jamais entendre parler de Jérôme Le Gris après le four annoncé d'un sérieux concurrent au titre de plus mauvais film de l'année 2011.

Auteur :Thomas Messias
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