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Retour à Cold Mountain : Du sang sur la neige

Couvert de nominations à travers le monde (en attendant les éventuelles récompenses aux Oscars 2004), le nouveau film d'Anthony Minghella, réalisateur du "Patient anglais", "Retour à Cold Mountain", arrive donc sur nos écrans précédé des grandes orgues médiatiques. Mais il nous importe avant tout de voir si le film est à la hauteur de son ambition de grande fresque historique et romanesque.

L'histoire nous emporte dans le maelström d'une Amérique déchirée par la guerre de Sécession où un homme et une femme vont se reconnaître, se perdre puis se retrouver au terme d'un amour absolu contrarié par les tumultes et les ravages de l'Histoire. Si vous considérez qu'un regard intense, quelques mots échangés et un baiser fougueux suffisent pour que naisse un coup de foudre, prémisses d'une passion brûlante et dévorante, alors "Retour à Cold Mountain". Pourquoi ne pas, en effet, croire en une fulgurance amoureuse qui vous saisit, vous fait vibrer au long d'une relation épistolaire puis vous chavire au retour de l'être aimé. Mais il faudrait, pour que le spectateur puisse palpiter à l'unisson de ce romantisme fiévreux, que le couple inspire ces sentiments.

Si Jude Law interprète Inman avec une belle conviction et une justesse idoine, aidé par ce personnage lancé dans un incroyable périple initiatique, Nicole Kidman doit se contenter avec Ada d'une trajectoire intérieure où l'essentiel de ses émois et émotions passent par les lettres qu'elle adresse à Inman. Le peu de scènes où ils sont ensemble ne parvenant pas à insuffler l'émotion attendue, le spectateur peine à partager le fol espoir d'Ada quant au retour d'Inman, vivant, de la guerre. Mais peut-être, après tout, est-ce la volonté d'Anthony Minghella de brosser une histoire d'amour désincarné puisque, durant ce conflit meurtrier, Ada aura attendu et soupiré après un fantôme (Inman échappe de peu à la mort à plusieurs reprises) puis, au moment de vivre enfin son amour, l'irréparable la frappe et emporte ses dernières illusions. Comme ce sang écoulé dans la neige, ce rouge recouvrant la pureté d'un amour éternel.

Cependant, il serait injuste de juger "Retour à Cold Mountain" sur sa seule trame romanesque. D'abord le film se regarde sans ennui, comme on feuillette un livre d'Histoire richement orné où s'entremêlent l'intime et le monde, la sérénité et le chaos, la ferveur et la haine. Une saga qui n'a rien d'infamant mais dépourvue de souffle épique, de cette puissance émotionnelle qui la ferait basculer hors des clichés du genre. Si la mise en scène d'Anthony Minghella ne verse pas dans le lyrisme (la musique de Gabriel Yared s'en charge !), sa finesse souligne les paradoxes d'un pays en proie à ses démons intérieurs et n'occulte pas la violence insoutenable des combats fratricides qui ensanglantèrent l'Amérique d'alors.

Brillamment interprété par une brochette de comédiens formidables (exceptée l'insupportable Renée Zellweger qui nous gratifie d'un numéro outrancier, avec accent sudiste en prime, destiné au jury des Oscars), "Retour à Cold Mountain" est un bel exemple de classicisme tempéré.

Auteur :Patrick Beaumont
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