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Réussir ou mourir : Vif échec

Un visage poupon monté sur des kilos de muscles tatoués et orné de chaînes en or, voici Curtis "50 cent" Jackson, rappeur à la carrière encore embryonnaire et ancien dealer qui frôla la mort après avoir été criblé de neuf balles suite à un règlement de compte. C'est peut-être là son seul véritable exploit diront les mauvaises langues au vu de "Réussir ou Mourir", son film, car, même inspiré de sa propre vie, le scénario cherche visiblement à nous faire passer des vessies pour des lanternes. Bandit au grand cœur, dealer charismatique et diablement intelligent jouant du sourire ou du 9 millimètres pour se faire comprendre, son personnage à l'écran empeste le nihilisme de long en large et se targue de faire la leçon sur la vie et la rédemption.

De ce piètre constat de départ, Jim Sheridan sauve pourtant du naufrage les deux tiers du film par son art visuel qui à de nombreux moments rapprochera son film des "Affranchis" de Martin Scorcese, référence idéale. Sheridan plonge le meilleur de l'ambiance dans les années 80 où la jeunesse noire rêve de flingues ou de devenir le prochain Rick James (un précurseur de la funk hip-hopique coiffé comme un caniche neurasthénique), ajoute un léger flou à l'image tout en léchant ses travellings ; tout le savoir faire du réalisateur de "My Left Foot" et d' "Au Nom Du Père" passe à l'écran.

Passé ce point, il devient vite pénible d'entendre la moindre ligne de dialogue et de voir le rappeur "adulte" jouer les cadors de banlieue (l'acteur incarnant la version "jeune" du rappeur s'en sortant lui, à merveille). On nous assène subitement de laïus sur le respect, de poésie de comptoir, et même d'un morceau de rap portant le titre horripilant de "ma meilleure amie" (sans blague). S'en suit un portrait des jeunes dealers comme une vitrine du commerce équitable, et une flopée de retournements téléphonés où la star devenue caïd a la place du caïd retrouve la foi sous la forme d'un enregistreur cassette une fois derrière les barreaux.

Alors qu'Eminem pouvait faire preuve de modestie dans son interprétation pour "8 Mile", dans le cas présent Curtis "50 cent" Jackson mitraille le film de son narcissisme au point qu'il en devient fantasmagorique. La première scène manquant cruellement de recul et de réalisme, on sent d'emblée la volonté de passer pour un demi-dieu auprès des plus jeunes. Une intrigue mafieuse se profile, mais elle est bien trop lisse pour être authentique. Le pari semble perdu, mais fort heureusement, le parti -un peu sécurisé- a été pris de renforcer le casting (des doutes sur les capacités d'acteur de la star ?) avec des acteurs pourtant inconnus du grand public, avec parmi eux le fascinant Adewale Akinnuoye-Agbaje aperçu dans "Oz" (et prochainement dans "Lost").

Reste qu'il est navrant de voir les angles d'une biographie assez atypique arrondis à grand coups de clichés, le plus inquiétant étant la morale douteuse qui s'en dégage. Le western urbain devient un monument érigé à la gloire du rappeur, et la biopic (film biographique) un roman-photo trop flatteur pour être honnête. C'est à Bono, le leader de U2, que l'on doit la rencontre entre son compatriote Jim Sheridan et 50 cent. Gageons qu'à l'avenir, il ne joue plus les entremetteurs pour le cinéma.

Auteur :Julien LeconteTous nos contenus sur "Réussir ou mourir" Toutes les critiques de "Julien Leconte"

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