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Révélations : Quelle mise en scène !

Encore une fois, avec "Révélations," la puissance visuelle et la pertinence de la caméra de Michael Mann ont parlé avec efficacité, créativité et intensité dramatique ! Après avoir décoiffé le public avec HEAT, ayant utilisé avec inspiration le style « reporter » dans ses prises de vues, mouvements (ou violences) de caméra pour nous montrer des pros du hold-up à l'œuvre avec une intensité émotionnelle proche du réalisme documentaire (et de la crise cardiaque !), Michael Mann nous emmène cette fois-ci dans le monde des médias et de la puissance financière sans pitié.

C'est d'autant plus remarquable qu'on ne tire pas un seul coup de feu, pas une seule bagarre, même pas une empoignade, rien de guerrier. Mais par contre, tout au long du film, une violence sourde, contenue, latente est présente pour nous maintenir dans un état de stress élevé. On se demande à chaque instant quand le personnage très retenu de Russell Crowe va craquer ou quand le personnage d'Al Pacino va vraiment se mettre en colère pour de bon. Il convient d'ailleurs de s'arrêter un instant sur la performance magistrale de ce grand acteur qu'est Al Pacino. Il mange littéralement l'écran avec sa présence, ses regards, ses gestes anodins et sa verve dithyrambique qui emporte tout avec elle. Il faut admettre qu'il prend la dominante sans effort devant un Russell Crowe contenu dans un rôle qui ne lui laisse peut-être pas s'exprimer dans le jeu qu'il adopte plus naturellement : un jeu physique, lutteur, guerrier, gladiateur, etc. Les lunettes de son personnage cassent le regard de voyou que l'on a aimé dans L.A. Confidential. Reste que Russell Crowe s'essaie à un une nouvelle composition avec un grand contrôle et le talent qu'il a confirmé dans Gladiator. Il est crédible dans les scènes intimistes du film, avec les personnages de sa femme et ses filles qui comptent plus que tout pour son personnage.

A l'intensité dramatique, Michael Mann ajoute son brio à manier la caméra mobile (c'est comme ça qu'il faut s'y prendre monsieur Lelouch !) donnant un style de grand reportage sur le vif déjà très bien utilisé dans Heat. Mais il va encore plus loin. Il ajoute de la prise de partie dans le cadrage (la caméra à côté de l'oreille du personnage de Russell Crowe et le suit dans les allée d'un aéroport ; donnant un point de vue subjectif en s'identifiant au personnage craignant pour sa vie), il ne quitte pas les visages tout en développant une profondeur de champ totale (à la manière d'Orson Welles) nous laissant surveiller tout se qui se passe autour.

Il faut encore parler de la musique, présente en crescendo à fur et à mesure que l'on progresse dans l'intrigue, qui entretient puis amplifie le stress des situations avec des sonorités très « acoustiques » créant ainsi un style déjà très abouti dans Heat. Le film est long mais il n'y a pas un plan de trop, pas une réplique médiocre, pas de « trou » scénaristique, que du cinéma comme on voudrait en voir plus souvent. Quand on se trouve devant un chef d'œuvre de l'art cinématographique, il faut le dire, et le redire, ce genre de joyaux étant suffisamment rare pour ne pas être avare de l'admiration qui lui est due. Bravo, Monsieur Mann, vous êtes définitivement un très grand réalisateur !
Auteur :Jean-François Ballot
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