Critiques

Robuste : Dans l’intimité de Depardieu

Par Jérémy Joly


Après des études à New-York, Constance Meyer réalise plusieurs courts-métrages. "Franck-Etienne vers la béatitude" se retrouve en compétition à la Mostra de Venise en 2012. En 2016, "Rhapsody" est sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand puis à Locarno où il remporte plusieurs récompenses. Pour Canal+ en 2018, elle réalise "La Belle Affaire", diffusé dans le cadre de la collection « Polar ».

"Robuste" est le premier long-métrage de Constance Meyer. Dans celui-ci, elle met face-à-face une star de cinéma vieillissante et une jeune agente de sécurité. De cette rencontre va naître un lien unique. La réalisatrice retrouve Gérard Depardieu qu'elle a dirigé plusieurs fois.

 

Depardieu tel qu'en lui-même

Gérard Depardieu n'a jamais incarné au cinéma un personnage qui lui était aussi proche que dans "Robuste". Bien sûr, il y avait "Les Acteurs" où il jouait son propre rôle de façon caricaturale. Mais ici, il interprète Georges, un acteur de cinéma réputé qui est à la fin de sa carrière. Tout d'abord, il y a une certaine forme d'auto-dérision. Le film démarre par une scène d'accident de moto dans laquelle Depardieu se relève sans une seule égratignure, une vraie force de la nature. Tout comme Winnie l'ourson et son pot de miel, il est montré comme un glouton qui passe son temps à vouloir manger. En plus, il nous transmet son appétit à travers l'écran, c'est à ça que l'on reconnaît les géants du cinéma. Il a dans sa maison un tapis de course qui ne lui sert à rien, le sport ne l'intéresse pas. Enfin, parfois, il se met à boire un peu trop. C'est une image populaire que tous les spectateurs ont de ce personnage public.

Mais il y a aussi le Gérard Depardieu plus intime. Ce dernier se montre tel qu'il est. Le film se transforme presque en documentaire. Nous nous retrouvons face à un acteur rempli d'angoisse la nuit, de temps en temps maladroit. C'est un être fragile derrière sa carrure imposante. Désabusé par le cinéma actuel, il accepte parfois des films non pas pour la qualité du scénario mais simplement pour le montant du chèque. Puis, c'est un homme solitaire qu'il est difficile d'apprivoiser tellement il est bougon mais qui a pourtant besoin d'être entouré. Il est aussi imprévisible, capable de quitter un tournage parce qu'il en a tout simplement envie. "Robuste" explore le personnage Gérard Depardieu en profondeur et le rend attachant malgré ses défauts.

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Gérard Depardieu dans "Robuste" - Copyright Diaphana Distribution
Un face-à-face étonnant

Face au personnage de Georges, il y a Aïssa, jeune agente de sécurité qui fait de la lutte, chargée d'être le bras droit de l'acteur. Pour que le duo fonctionne, il faut une actrice qui a les épaules pour s'imposer face à Depardieu si elle ne veut pas se faire dévorer toute crue. Constance Meyer a choisi Déborah Lukumuena, qui a reçu le César de la meilleure actrice dans un second rôle dans « Divines » en 2017.

Le face-à-face fonctionne parfaitement. Elle a le caractère et le physique pour former un duo de choc avec Depardieu tout en étant dans la retenue. Les deux personnages se reniflent, s'approchent avant de former un lien solide. Tout passe par les regards attendrissants. Malgré tout, il est assez étrange d'avoir mis en parallèle d'un côté le métier d'acteur et de l'autre les combats de lutte. La connexion entre les deux se fait difficilement.

 

Lent mais beau

"Robuste" est un film qui prend son temps en installant un rythme lent. La réalisation est plutôt soignée avec des moments de grâce comme ces scènes avec Depardieu face à un aquarium. Les scènes de lutte sont particulièrement bien filmées. La réalisatrice accorde également une importance à montrer la beauté de ces deux corps qui ne correspondent pourtant pas aux standards de beauté. Et c'est réussi. "Robuste" est donc une sorte d'OVNI qui vient s'installer dans le paysage cinématographique. Celui-ci prouve que le cinéma français a une grande diversité et qu'il est capable de nous surprendre.

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