7 décembre 2021
Critiques

Rock n Roll : Son nombril et Guillaume, à table !

Guillaume Canet a 43 ans. Si mon coeur de midinette de 18 ans avait dû fantasmer sur un acteur français, je pense qu'il serait arrivé en très bonne place, essentiellement pour sa prestation de sale gosse dans Jeux d'enfants. Mais cette époque est révolue : mes 18 ans sont bien loin derrière moi (comment ça ça n'intéresse personne ?), et l'acteur a laissé depuis longtemps tomber son image de petit minet du cinéma français pour devenir un père de famille bien rangé, en couple à la ville avec celle qui fût sa partenaire de jeu à la scène. Si bien qu'aujourd'hui, quand le nom de Guillaume Canet ressort dans un canard people, c'est plus pour évoquer la seconde grossesse de Marion Cotillard que pour parler cinéma. C'est justement ce retournement de situation, mâtiné d'un soupçon de crise de la quarantaine, que l'acteur a souhaité mettre en scène dans "Rock n Roll", oeuvre un peu expérimentale où il est parfois difficile de démêler le vrai du faux. Pari risqué ? Pas tellement, puisque l'oeuvre en question n'est pas aussi subversive que pouvait le laisser présager la bande annonce.

"Rock n Roll" est clairement découpé en deux parties. La première est la plus fluide, la plus agréable à suivre, mais aussi la plus classique : on y découvre les aventures routinières du couple Canet-Cotillard, les questionnements existentiels du quarantenaire suite à une réflexion malvenue d'une jeune actrice remettant en question son sex appeal, et la lente dérive qui s'ensuit. Ce que nous vendait la bande-annonce, en somme. La meilleure prestation de cette première moitié, c'est sans conteste Marion Cotillard, qui n'a jamais été meilleure qu'en s'auto-parodiant : son interprétation d'une actrice complètement barrée, qui vit tellement ses rôles qu'elle décide de ne parler qu'en québecois pour les besoins d'un film, même pendant ses disputes de couple, est juste excellente. Elle fait dans "Rock n Roll" preuve d'une extrême auto-dérision, et si certaines de ses scènes vont un peu trop loin pour qu'on puisse vraiment les comprendre (le passage avec Céline Dion...?), le jeu de l'actrice est tellement réjouissant qu'elle en éclipserait presque son compagnon. Certains gags sont un peu faciles (le pet dans le lit ? Vraiment ? En 2017 ?), mais on s'amuse avec le couple, et on suit avec plaisir le délire mégalo de Guillaume Canet, et cette crise de la quarantaine un peu déjà-vue, mais plutôt plaisante.



Jusqu'à une deuxième partie bien plus barrée que la première, bien plus délirante, mais aussi bien trop longue. Si vous lisez cette critique avant de voir "Rock n Roll", arrêtez-vous tout de suite, je vais méchamment spoiler un élément clef du film que le réalisateur a décidé de garder secret le plus longtemps possible... Vous êtes encore là ? Bien, je peux donc évoquer ce moment-clef où Guillaume plonge dans l'enfer de la chirurgie esthétique et des stéroïdes. C'est à ce moment que "Rock n Roll" assume enfin et complètement son côté absurde, mais cette absurdité est justement tellement poussée à l'extrême qu'on arrive difficilement à comprendre où l'acteur veut en venir. A mesure que l'intrigue avançait, je n'arrivais plus à penser à autre chose qu'à "mais comment il va réussir à conclure son film ?".

Cette seconde partie prend plus de risques que la première, mais elle aurait malheureusement mérité un traitement un peu plus rapide. On s'ennuie gentiment pendant la dernière demi-heure, jusqu'à un générique final excellent, parodie de série nanardesque américaine, qui permet une dernière fois au couple de cabotiner devant la caméra et qui nous permet de quitter la salle sur une bonne note. Il y a sans doute toute une symbolique à assister ainsi à la dégradation du personnage principal sous la pression des médias et du public, et à sa transformation progressive en monstre de foire... Toutefois, si l'objectif de "Rock n Roll" était de faire passer un message, et de dénoncer quelque chose, il est raté. Si par contre le but principal était de se faire un gros délire entre potes, le pari est réussi : les acteurs s'amusent à piétiner leur image, et ça se sent. Et dans un cinéma français où les comédies cyniques et commerciales s'enchaînent et se ressemblent, c'est plutôt agréable.

Auteure :Laury SorriauxTous nos contenus sur "Rock n Roll" Toutes les critiques de "Laury Sorriaux"

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