25 septembre 2020
Critiques

Rocketman : Le film s’envole dans les étoiles

Critique du film Rocketman

par Alexa Bouhelier-Ruelle


L’excentricité de "Rocketman" n’a d’égale que celle d’Elton John. Le sujet unique de ce film est une légende vivante depuis plusieurs décennies. Ses chansons sont mémorables et sa présence sur scène demeure encore inégalée.

Mais qu’est ce qui nous attire tellement chez cet artiste ? Le réalisateur, Dexter Fletcher, y répond très simplement : ce sont ses lunettes, les plumes et les paillettes. Et les chansons bien sûr ! Tous les fans d’Elton John trouveront leur bonheur de ce côté-là.

Fletcher nous offre un film musical fantastique qui se rapproche très facilement de ceux de Baz Luhrmann ("Moulin Rouge") ou de Damien Chazelle '"La La Land"). Il serait trop simple de faire un amalgame entre le personnage qu’Elton John se crée sur scène pour compenser un manque dans sa vie privée.

"Rocketman" arrive alors que le public digère le douloureux "Bohemian Rapsody" de ce début d’année. Un film dont Dexter Fletcher avait repris la réalisation après que Bryan Singer ait quitté l’équipe du film. Si ce clip glorifié nous a appris quelque chose en ce début d’année, c’est que les spectateurs sont à la recherche d’une histoire fraîche et inventive adaptant la vie d’une star de la chanson, ce qui n'était pas le cas avec le prévisible "Bohemian Rapsody".

Maintenant nous parlons d’Elton John, un génie de la musique dont les jeunes années reflètent son habileté incroyable à s’inspirer d’une grande variété de genre et de style de musique. Du classique à la country, des Beatles aux boys band, en passant par le gospel, le folk et/ou le rythme and blues.

Elton John a fait en musique ce que Quentin Tarantino a réalisé au cinéma. C’est-à-dire choisir les meilleurs des films déjà existants, pour les transformer en une sorte de pastiche qui transcende l’original. "Rocketman" ne laisse rien au silence et à l’imagination. Le spectateur n’a réellement rien à faire, juste à se laisser aller et profiter du moment. Ce qui n’est pas forcément un défaut.

Cette frivolité fait partie du charme de l'ensemble. Elle est aussi utilisée de façon tout à fait fascinante pour montrer les hauts, les bas de la dépression, de la solitude et de l’addiction. "Rocketman" est intelligent dans le sens qu'il ne fait pas d’ombre au sujet premier du film : Elton John.

L’artiste est une source de lumière à lui seul. Et le film explose d’énergie car Elton John est son centre. Toutefois, "Rocketman" n’est pas parfait et se prend parfois les pieds dans le tapis, à l’image de la vie d’Elton John. Pourtant ce sont les performances des acteurs principaux qui font que cette histoire nous semble réaliste.

La première image que nous offre Dexter Fletcher transpire le « camp » (un style, une forme d'expression et un regard propres à la sous-culture gay masculine, n.d.l.r.). On aperçoit un Taron Egerton arriver dans une clinique en costume de diable orange vif, des cornes sur la tête, des lunettes en forme de cœur et des ailes en plumes dans le dos. Un costume parfait pour un homme qui a enfin décidé de faire face à ses démons.

Il entre alors dans une pièce où se déroule une réunion semblable à celle des alcooliques anonymes. Il y admet toutes ses addictions : l’alcool, la cocaïne, le sexe, les médicaments et enfin la boulimie. Ensuite, il commence à revenir sur son enfance, à travers des flashbacks. Il narre et/ou chante ses problèmes avec la célébrité et sa famille.

Taron Egerton est efficace dans l’archétype si rare du héros gay érigé en sex-symbol. Tous les hommes blancs assez influents pour produire un film sur leur propre vie de leur vivant auraient beaucoup de chance d’avoir Egerton dans le rôle-titre.

Premièrement, car c’est un acteur solide qui ne manque pas d’être adorable même avec des perruques décrépites et un espace entre les dents. C’est à partir de là que "Rocketman" excelle. Ce dernier ne se contente pas d’expliquer, point par point, la vie d’Elton John, mais fait entrer le spectateur dans la tête et l’univers de cet homme qui est en quête perpétuelle d’amour. Et il se trouve que le film est très romantique...

L’histoire d’amour la plus importante n’est pas celle entre Elton John et John Reid, mais bel et bien entre Elton et Bernie. Un ami droit, loyal et qui n’a pas peur de dire à son amant qu’il l’aime. Le film se concentre beaucoup sur cette relation. Et c’est rafraichissant de voir ainsi dépeint une amitié aussi honnête entre deux hommes qui ne tombe jamais dans les clichés habituels.

La composition de « Your Song », avec son refrain familier « how wonderful life is, now you’re in the world », est une collaboration naturelle entre les deux hommes car la chanson reflète ce sentiment qu’ils partagent. Et c’est l’amour sincère de Bernie qui ancre Elton John dans la réalité. Et c’est aussi ce qui préserve "Rocketman" de la tragédie.

De plus, Taron Egerton et Richard Madden partagent une romance eux aussi. Il n’y a pas de longs regards dans l’ombre des projecteurs, ni de coupes au lendemain matin. Egerton et Madden échangent de multiples moments de flirts, dont la chanson « Honky Cat » est l'écho, et dans laquelle John Reid aide Elton à se construire sa nouvelle identité sur scène. Les costumes sont fabuleux et remarquablement fidèles aux originaux, tel celui de la Reine d’Angleterre, ainsi que l’uniforme pailleté des Dodgers.

Quand on y réfléchit un peu, le biopic sur une star du rock est peut-être la chose la moins Rock’N’Roll possible. Car les spectateurs sont assis sans bouger devant un écran. Et regarder la vie d’une star du rock défiler devant nos yeux ne vaut pas la sensation d’une fosse de concert, avec des milliers d’autres personnes en communion avec un être de génie, inspirant la joie et des sentiments que l’on ne peut pas expliquer. Qui veut rester assis et regarder un film en silence alors que ce même film se concentre sur un art qui vous donne envie de chanter ?

Cependant les biopics bien ficelés peuvent montrer à quel point un film nous touche tout comme la musique qui nous bouleverse. Et ce film c’est "Rocketman" ! L’histoire du timide Reginald Dwight, habitant dans le nord de Londres, et qui deviendra une légende de la musique.

Il est donc difficile d’être objectif quand le film met en scène des morceaux anthologiques comme « Tiny Dancer », « Goodbye Yellow Brick Road » ou même « I’m Still Standing ». Et, dans mon fort intérieur, je suis soulagée que ce film soit finalement bien plus convaincant qu’un certain gagnant aux Oscars cette année.

"Rocketman" est un projet vital pour Dexter Fletcher. Ce dernier était à l’origine du biopic consacré à Freddie Mercury. Toutefois, ce film lui a été pris des mains par la 20th Century Fox et confié à Bryan Singer. Mais, quand ce dernier a quitté le navire, en pleine tempête médiatique, le bébé a été rendu à Fletcher. Il ne restait plus qu’à payer pour les pots cassés. Cependant, avec "Rocketman" il est prudent de dire que le moment de gloire de Dexter Fletcher est enfin arrivé, avec ce film qui est tout sauf insignifiant.

Les moments les plus tragiques donnent un cadre, ce qui veut dire qu’il est bien plus qu’une oeuvre musicale pour traverser la vie d’un artiste. Le scénario, écrit par Lee Hall, présente l’histoire d’un homme seul dans l’insécurité constante de l’addiction. Un homme qui connait la célébrité très vite, mais qui doit combattre des démons avant d’apprendre à être humain.

En effet, les morceaux sont choisis dans la bande originale de la vie même d’Elton John. Fletcher utilise de fait la musique et la théâtralité du personnage pour exprimer la tristesse et la joie. Le réalisateur a eu l’intelligence de laisser partir le film sur des chemins fantaisistes.

Comme lors du premier concert d’Elton John au Troubadour de Los Angeles. Alors qu’Elton commence à jouer « Crocodile Rock », la foule, et lui-même, se retrouvent suspendus dans les airs. Une touche de fantaisie qui dépeint parfaitement l'onirisme de la musique d’Elton John. Des touches de magies mêlées à la narration.

Cependant “Rocketman” ne va pas jusqu’au bout des choses de ce côté-là. Le film n’est pas aussi inventif que ce qu’il n’y parait. Particulièrement à la toute fin, quand Fletcher décide de montrer un générique plaçant de vraies images à côtés de celles du film. Comme pour confirmer le retour au réalisme de ce dernier. Ce qui est en aucun cas nécessaire. Une faille alors que le spectateur vient de profiter de presque deux heures de magie.

En conclusion, vous n’avez pas à être un fan inconditionnel d’Elton John pour apprécier “Rocketman”. Même les personnes les plus imperméables à la pop-culture ont déjà entendu « Your Song », « Tiny Dancer » ou « Rocketman ».

Ce film est une présentation plus que solide de l’icône qu’est devenu au fil des années Elton John. Et si le film ne dépasse pas la légende ce n’est pas si grave. Etait-ce même réellement possible ?

"Rocketman" est une célébration colorée d’un amour qui réussit à guérir les blessures les plus profondes. Et tout cela filtré à travers les musiques entraînantes de l’artiste.

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