Critiques

Rogue One: A Star Wars Story : Votre manque de foi me consterne !

Disney Studios continue l'exploitation de la licence "Star Wars" après un septième épisode rassurant sorti en 2015. Comme si une troisième trilogie ne suffisait pas, voilà qu'arrive le premier rejeton d'une lignée de films dérivés dont l'existence se justifie essentiellement par le besoin de combler les espaces laissés vides entre chaque opus qui confrontera Rey, Finn et Poe au Premier Ordre au détriment de l'aura événementielle de la franchise.

C'est une introduction bien cynique et un long-métrage qui prend pour personnages principaux de vrais résistants pouvant apporter la fraîcheur qui faisait bien défaut au "Réveil De La Force". De plus, Gareth Edwards, le réalisateur, avait affirmé ses compétences et son identité en mai 2014 avec un "Godzilla" à l'atmosphère particulièrement pesante pour une superproduction donc on pouvait se permettre de croire que "Rogue One : A Star Wars Story" allait être en mesure de s'élever au-delà de sa première raison d'être. Et ce n'est pas parce que des sessions de tournage additionnelles ont eu lieu l'été dernier que le résultat final allait être gâché. Certes, on ressentait que "Les 4 Fantastiques" et "Suicide Squad" en avaient sérieusement pâti, mais c'est un passage presque obligatoire dans le processus créatif d'une production hollywoodienne qui a pour objectif d'en corriger le plus de problèmes visibles possible avant de la présenter aux premiers spectateurs.

Dommage de devoir dédiaboliser les sessions de tournage additionnelles à l'occasion de la critique d'un film qui soit en a souffert, soit était voué à décevoir à la base. En même temps, c'est Tony Gilroy, scénariste de la trilogie "Jason Bourne", et réalisateur d'un médiocre film dérivé avec Jeremy Renner ("Jason Bourne : l'Héritage"), qui s'en est chargé, et donc ce ne serait pas étonnant d'apprendre que c'est à cause de lui si "Rogue One : A Star Wars Story" est aussi morne.

D'accord, on peut reprocher au "Réveil De La Force" de ne pas prendre assez de risques et de trop reproduire la structure narrative universelle d'"Un Nouvel Espoir" plutôt que de chercher à sortir le spectateur de sa zone de confort, mais il y avait de la vie, de la passion et de l'émerveillement dans ce long-métrage qui réussissait à nous faire croire en la puissance de son univers ainsi que de ses mythes plutôt que de chercher sans raison à tout rationaliser. "Rogue One : A Star Wars Story" est dans une démarche exactement opposée puisque, comme chaque "Jason Bourne" auquel Tony Gilroy a participé, il s'agit d'un film qui confond le réalisme avec l'atonalité et le sombre avec le morose.

La photographie privilégie les teintes grisâtres et ternes mais, contrairement à "Premier Contact", cela ne crée absolument aucune ambiance. Les personnages sont des coquilles vides et antipathiques qui ne véhiculent aucune émotion. Pour que les motivations d'un résistant soient solides, et que l'on croit en sa volonté de se battre pour un idéal ou contre une idéologie, il faut nous faire ressentir qu'il est si inspiré par la beauté de cet idéal ou révolté par l'horreur de cette idéologie qu'il en arrive à se transcender. Jamais le film ne nous fait réellement prendre conscience de ce qu'il y avait de bon avant l'arrivée au pouvoir de l'Empire ou des horreurs qu'il peut accomplir, ce qui le prive de tout réel impact dramatique et réduit le rôle de ses personnages, en particulier celui de Riz Ahmed, à quelque chose de purement fonctionnel.

Le film ne saisit pas non plus l'opportunité d'approfondir les aspects plus contestables de la résistance malgré les exactions à l'Alliance, essentiellement traitées de manière à la fois brève et poussive par des dialogues forcées, et le personnage de Forest Whitaker dit "extrémiste". Seuls Donnie Yen, son acolyte et Darth Vador surnagent un peu au-dessus de tout cela parce que le premier est réellement mû par quelque chose de spirituel, le second est badass en plus d'évoluer de manière satisfaisante et le troisième se montre digne des attentes des spectateurs.

Le troisième acte de "Rogue One" est finalement , certes, un peu plus intense, en plus de se dérouler dans un décor un peu plus inspirant, mais il est gangrené par les deux autres sans saveur qui le précèdent.
Auteur :Rayane Mezioud
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