19 janvier 2021
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Rois & Reine : La critique du film

Depuis le temps que je devais prendre mon billet et décoller de mon trône informatique pour me détendre, j'ai choisi "Rois & Reine" d'Arnaud Desplechin. Le bouche à oreille ne trompe pas et c'est fièrement que la production annonce les 300 000 sujets ayant fait la révérence à ce joyaux de la couronne périphérique et de Navarre ! Oui, "Couronne", parce que le film se voit progressivement acculé comme un ennemi aux portes des villes, perd des salles dans les multiplexes mais continue sa marche impériale en province tout en détournant les soldeurs de leur guerre contre les prix, leur mission frénétique d'achats.

Héros de leur propre tragi-comédie, la Vie, les personnages de "Rois & Reine" s'intronisent penseurs, dictateurs, volent des mots ou dans les hautes sphères de la connaissance, arrachent des confidences ou déchirent les pages de ceux qui iraient à l'encontre de la nouvelle ère du "cycle" du bonheur. C'est cette spirale du malheur qui les fait sortir du sentier, battus par une vie de maux passants.

"Rois & Reine", un titre, énigmatique, a de quoi nous turlupiner pour un moment mais c'est à travers la liste des invités sur prises qu'il faut chercher. Ismaël, Ariel, Louis et toute une cour de prénoms de royauté biblique, céleste ou séculaire, cherchent à faire la lumière sur leur sombre passé. Ainsi Nora ("lumière" en hébreu et arabe), le personnage d'Emmanuelle Devos, tient le flambeau et à travers un parcours initiatique et onirique nous emmène au plus profond du terrier duquel est sortie son âme nouvelle. Ses souvenirs ressurgissent à mesure que son père tout puissant décline sous les coups assénés par la maladie. Sont alors passés en revue les grands acteurs de sa vie, Ismaël en tête, poursuivi comme fou par les cinglés de la psychiatrie de l'électrochoc et de l'enfermement.

C'est que nos monarques ont besoin de place pour digérer l'héritage du passé dont l'auteur glisse la définition suivante: "ce n'est pas ce qui est disparu, c'est ce qui nous appartient." C'est le passé qui fait de nous des êtres nouveaux capables à nouveau d'amour et d'ouvrir encore notre "coeur" qui se referme à peine des blessures de la vie.

C'est un peu le mythe de Prométhée qui se rejoue sans cesse, ce mythe de la flamme, de la passion égoïste qui conduit au rongement des viscères. Ainsi le père de Nora est atteint d'un cancer généralisé des organes du ventre, maladie que sa fille rêvera avoir contracté.

C'est par ses courbettes symboliques et mythologiques que le film règne empiriquement sur nos pensées et nos questionnements. Sire Desplechin y va même de sa petite mathématique ésotérique simplifiée en martelant les chiffres 21 et 12 qui ne font qu'un comme un miroir perpétuellement tendu à la vie de nos dieux déchus ou en pleine ascension. Parce ce que c'est à ce niveau que se projette l'admiration pour une toile, lorsque l'image renvoyée n'est autre qu'une sublime radiographie de nos existences de rois de nos propres vies, un suaire pelliculé à jamais fixé dans l'ombre du mouvement dictatorial des vingt-quatre images seconde.

Car c'est bien de rythme et de battements de coeur dont il s'agit, d'où ce phrasé particulier d'un autre temps qui s'impose chez les formidables acteurs principaux, dont les personnages sont les seuls à réellement profiter des leçons de l'Amor et de la mort. Ce mouvement festoyant de déboires amoureux et existentiels termine de nous enivrer par un banquet musical dont le menu est une procession de titres déjà sur le tapis rouge de l'Histoire.

C'est ainsi qu'ils vécurent malheureux et eurent beaucoup d'encens mais ne vous méprenez pas, "Rois & Reine" est un film drôle, limpide et cousu de fil d'or. Un de ces trésors nationaux accessible à tout ceux qui choisiront de voir un film royalement subjuguant.

Auteur :Olivier Bruaux
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