Critiques

Roland Gori : Un documentaire bien pensé

Par Stanislas Claude

 

Le réalisateur et scénariste Xavier Gayan s’intéresse à la pensée du psychanalyste Roland Gori. Ce dernier est un grand penseur du délitement de notre société. S’élevant contre la casse des métiers et la marchandisation de l’existence, il témoigne sur les dangers d’une société qui nie l’humain. Une société préfère laisser la place aux managers et aux chiffres. Le tout au mépris de ce qui fait le lien social. Le documentaire est une invitation à la réflexion. Il est filmé avec un minimalisme formel qui laisse toute la place à la pensée.

En 70 minutes, le réalisateur laisse s’exprimer Roland Gori et ses éditeurs Henri Trubert et Sophie Marinopoulos (éditions Les Liens qui libèrent). Mais aussi la philosophe et académicienne Barbara Cassin. Ainsi que le médecin hospitalier et auteure Marie-José del Volgo. Enfin, citons le directeur du théâtre Toursky à Marseille Richard Martin. L’objectif est de réfléchir sur la place prise par des notions liberticides tels la rentabilité et le résultat chiffré au détriment de la qualité des relations et réalisations humaines.

La pensée en action

La pensée d’entreprise a passé les murs de domaines beaucoup moins portés sur la culture du résultat pour les transformer. La santé, l’éducation, la culture et l’information sont devenus des données aussi mercantiles que le chiffre d’affaires d’une entreprise. Les professeurs ne doivent plus enseigner, mais cocher des cases. Le personnel soignant doit vider les lits au plus vite. La culture doit s’astreindre à une rentabilité forcenée.

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Les missions premières de ces métiers ont perdu leur humanité et leurs objectifs sociaux pour devenir des coquilles vides. Les premières victimes de ce système sans sens réel sont les professionnels. Puis, la population qui n’est plus une fin en soi. L’objectif n’est pas d’élever mais de faire fonctionner le système vite fait bien fait. Roland Gori a initié en 2008 "L’appel des appels", pour tenter de contrecarrer cette marchandisation de l’existence.

L’urgence d’une prise de conscience collective

Si le documentaire n’apporte rien sur la forme, avec une succession légèrement aride d’entretiens savants et érudits, toute son importance tient dans cette pensée pleine de sens. Le lien social est menacé, les humains sont transformés en robot et de plus en plus de métiers sont en voie de taylorisation au mépris de la population. Qui a déjà appelé un SAV d’opérateur téléphonique le comprend fort bien. Appuyez sur 1, appuyez sur 2…. Le risque est de voir l’humain se désintéresser de son destin collectif pour se contenter d’une petite case au confort suffisant.

Roland Gori aborde la réflexion par le biais de métiers où les professionnels doivent s’astreindre à suivre un schéma prédéfini, sans avoir à se poser de questions, devenant les opérationnels froids et sans âmes. Ce système déshumanisé s’attaque à tous les secteurs où l’humain devrait toujours être au centre, sans que ce ne soit plus vraiment le cas. Le film laisse le spectateur s’interroger sur les conséquences pour la liberté individuelles et la démocratie. Toutes deux réduites à néant dans un tel environnement. Le documentaire est une porte ouverte sur une pensée qui prévient sur notre présent et notre avenir. De quoi donner envie de réagir pour ne pas tous se transformer en robot.

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