19 septembre 2021
Critiques

Roméo + Juliette : L’amour en images

Par Marlène Cha

Avec cette adaptation lointaine du classique de Shakespeare, l’américain Baz Luhrmann imposera son univers baroque, fantasque et excessif, aux dérives parfois pompeuses, comme une référence pop culture, propulsant Claire Danes et Leonardo Di Caprio au rang de stars.

Si « Roméo et Juliette » est un monument littéraire, Baz Luhrmann choisit pour autant de traiter le texte originel comme un prétexte à l’image. Grâce à un scénario préexistant, le réalisateur à l’ambition avant tout esthétique peut se consacrer à une mise en scène visuelle, fulminante et frénétique, affichant ses références au cinéma classique (western et films de gang) et à l’art contemporain (David Lachapelle), enchaînant les effets (travellings, zooms, accélérés puis ralentis, multiplicité des cadres, visages en très gros plans), mixant Mozart et Radiohead… au risque d’installer une impression de climax permanent. Les bads kids des gangs respectifs Capulet/Montaigu se déguisent souvent, roulent en décapotables, arborent tatouages et tenues ultra-sophistiquées, donnent des réceptions luxurieuses, habitent de fastueuses et triomphantes demeures, aiment les courses alcoolisées sur l’autoroute et les feux d’artifices gratuits : ils vivent dans et pour l’ostentatoire, qui constitue précisément la matière première de Baz Luhrmann.

Mais à l’extérieur de leur bulle dorée, c’est une ville mirage, la décadente et chaotique Verona Beach, reflet d’une société grossière et ultra-superficielle, où s’affrontent ces vieilles âmes mafieuses aux visages rouge sang prêts à exploser. "Roméo + Juliette" n’est pas un pamphlet contre la désuétude rampante qui guette la culture américaine, Baz Luhrmann ne dénonce pas, trop fasciné par sa mégalopole fictive à l’urbanité destroy et aux airs de fin de siècle, et bien sûr, par l’histoire d’amour.

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Claire Danes et Leonardo DiCaprio - Copyright Twentieth Century Fox

Cette romance intemporelle, échappant à la volonté de Luhrmann d’ultra-moderniser tous les éléments de l’histoire, est irrésistible. Elle débute par la scène de rencontre, à elle seule un classique du cinéma. Existant presque indépendamment du film, coupant avec son ton hallucinogène, et à l’instar de toutes les scènes de dialogue Juliette-Roméo, elle ramène presque à une autre réalité. Le jeu de regards croisés à travers l’aquarium, puis les premiers échanges amoureux dans la piscine : l’élément eau comme pour imposer une autre dimension, dans laquelle ces deux êtres se trouvent et se comprennent dans leur rejet épidermique et adolescent du monde adulte. En dehors des draps de l’amour, la société du dehors n’est que violence et hystérie, et cette rencontre leur permet de s’en extraire, de voler au-dessus de ses conventions.

Roméo et Juliette sont amoureux au royaume de leur imaginaire. Interprète merveilleux de l’un des plus grands amoureux de la littérature. Di Caprio, alors jeune acteur à la beauté clinquante et au romantisme échevelé, transcende par son sérieux juvénile, son air de ne pas comprendre le tout de l’affaire, de ne pas saisir vraiment le sentiment qui anime son personnage, et ce malgré un effort d’incarnation immense de la part de celui qui représente à lui tout seul la méthode Actors Studio. Avec la brillante Claire Danes et son incandescente fragilité, la fusion des âmes a lieu. Et avant que Roméo et Juliette ne soient dépassés par leur destin funeste, ils vivent “la plus grande histoire d’amour que le monde n'ait jamais connue”, comme annonçait, en 1996, le trailer du film...

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