16 octobre 2021
Critiques

Rouge : La voix est une arme

Par Antonin Plancke

Présenté au Festival du Cinéma Américain de Deauville en 2020, "Rouge", de Farid Bentoumi, marque les retrouvailles entre le réalisateur cité et l'acteur Sami Bouajila. Mais, au delà de ça, "Rouge" est avant tout une histoire de filiation au sein d'un collectif d'une usine de traitement des déchets.

Je me souviens, après avoir vu les premiers plans du film "Rouge", plans qui montrent Nour, personnage principal du film, avoir penser que le personnage qui est montré n’est pas « courageux ». Dans ces différents plans, Nour ramène un patient en service de réanimation, ne pouvant pas cacher ses émotions. Elle est forcée de quitter la salle. On apprendra plus tard que ce patient est décédé et Nour se sentira responsable, mais je me suis trompé au sujet de ce personnage : Nour est finalement très courageuse. On le comprend plus tard...

Dans le film "Rouge", elle a un objectif bien précis : sauver les ouvriers d’une usine polluante qui met leur santé en danger, peu importe les conséquences, puisque cette usine permet de faire vivre des centaines de personnes. Or, très peu ont conscience du danger qu’elles subissent. Nour poursuivra tout de même son combat. Se sentant peut-être responsable du décès du patient ? Elle ne peut pas laisser une occasion de sauver d’autres personnes...

Une héroïne mise en avant

Dans "Rouge", l’héroïne est une jeune femme qui ne lâche jamais son objectif principal. Une femme qui vit dans son temps, peu importante la place hiérarchique qu’elle occupe et son appartenance sociale, Nour est une lanceuse d’alertes. Interprétée par Zita Hanrot, Nour est un personnage qui utilise sa voix comme arme principale et ses émotions pour prouver son pacifisme. La comédienne réussit un superbe tour de force : faire de son personnage une résistante à la pression familiale, mais aussi à celle de sa hiérarchie. Dire que Zita Henrot est très convaincante aux yeux du spectateur relève de l'euphémisme.

Un affrontement familial

Nombreux sont les films ayant dépeint un conflit familial entre le père et le fils, mais plus rarement entre le père et la fille, c’est pourtant ce que fait "Rouge". La tension entre le père, Slimane Hamadi (brillamment interprété par Sami Bouajila) et la fille ont un effet direct sur le spectateur, surtout lorsque leurs relations (qui étaient pourtant aimantes jusque-là) se détériorent brutalement. Sami Bouajila aura réussi à faire passer devant la caméra son personnage comme quelqu'un qui refuse d’admettre les dangers qu’ils courent, même s’il doit se séparer de sa fille.

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Zita Henrot et Sami Bouajila - Copyright Ad Vitam

Une autre émotion passe également à l’image : différents plans larges montrent un lac devenu entièrement rouge en raison des rejets toxiques de l’usine, provoquant une certaine peur pour le spectateur. "Lorsque j’ai vu les photos de cette usine et ses boues rouges, j’ai trouvé ça très frappant en termes cinématographiques", confiera le réalisateur.

La musique composé par Pierre Desprats va venir appuyer sur ce sentiment donnant un certain degré de danger à la vue de cet environnement saccagé par la couleur rouge. "Le rouge, c’est la salissure, mais aussi le sang, la blessure, et puis la couleur politique de l’engagement syndical, indiquera le réalisateur. "La couleur rouge est présente uniquement sur les murs de l’usine, le lac de rejets toxiques et la robe de Nour. Ailleurs, rien n’est rouge, ce qui fait d’autant mieux ressortir cette couleur." Il est vrai que ces choix de mise en scène renforcent un peu plus l'émotion associée à cette couleur si particulière dans le film.

Une critique de la société ?

Il n’est pas rare qu’une œuvre critique la société. Tel est le cas pour "Rouge". L’inaction de la politique face aux différents risques d’une usine est particulièrement pointée du doigt ; à savoir les dangers sur l’environnement et les conditions de travail des ouvriers. Sans oublier que la fermeture de l’usine serait une catastrophe pour le chômage. Personne n’a d’intérêt à fermer l’usine.

Le journalisme est, quant à lui, mis en avant, chargé de rendre compte des dangers de l’usine. La publication d’un article sur ce sujet serait un désastre pour beaucoup de monde. Voilà qui nous rappelle "Erin Brokovich" de Steven Soderbergh par certains aspects. Les protagonistes dans "Rouge" sont, en quelque sorte, dans la même situation. Ils sont sous la pression de la hiérarchie de l’usine, des personnes qui y travaillent, mais aussi du milieu politique qui ne souhaite pas faire face à un scandale sanitaire.

"Rouge" est donc un film qui risque de ne pas laisser le spectateur indifférent. Trois points forts s'en dégagent : la puissance émotionnelle dégagée par Zita Henrot; le talent de son réalisateur; les prouesses techniques de Georges Lechaptois, son directeur de la photographie. "Rouge" sort le 11 août au cinéma. A ne pas manquer !

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