5 décembre 2020
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S1mone avec Al Pacino : Critique

Dans "S1mone", comme dans le dernier Woody Allen, un réalisateur oscarisé, divorcé et considéré comme fini, fait les frais de l'hypocrisie du milieu. Comme Woody Allen, Andrew Niccol tire sur la machine hollywoodienne qui défait les succès et les carrières aussi vite qu'elle ne les fabrique. Comme dans "Hollywood Ending", les ressorts comiques reposent sur la complicité entre le réalisateur et le spectateur. Complicité compassionnelle et affective envers un soi-disant looser, et complicité de « crime » puisque nous partageons l'imposture. Une fois ces détails remarqués, la comparaison s'arrête là. Le réalisateur de l'excellent "Bienvenue à Gattaca" et scénariste du non moins excellent "Truman Show", va beaucoup plus loin dans la réflexion avec "S1mone", même s'il se base sur une comédie.

Comme dans les films cités plus haut, où son empreinte est clairement marquée, Andrew Niccol se plaît à dénoncer les dangers d'une technologie effrayante et pourtant fascinante qui a une fâcheuse tendance à effacer l'homme et la réalité au profit du virtuel, du faux. Plus exactement, loin d'être réactionnaire, ce n'est pas tant la modernité qui est mise en cause par Niccol mais plutôt l'incapacité notoire de l'homme de la contrôler sans tomber dans l'excès. D'où cette inquiétude de laisser entre les mains d'un enfant un jouet qui requiert de la sagesse. 

Andrew Niccol pousse tout à l'extrême : le réalisateur, interprété par Al Pacino, n'arrive plus à faire croire à l'imposture. Et le créateur se retrouve piégé. Plus c'est gros, et plus ça marche. Et pourtant, on retrouve dans Simone la même sobriété visuelle que dans le "Truman Show". Les couleurs pastel et uniformes des studios et le lieu secret de création soulignent le vide, la superficialité, le faux, le fabriqué, tout comme la simplicité avec laquelle on peut tromper les gens. Cet homme si crédule, qui donne tant d'importance à l'image, si enclin à l'idolâtrie. Les phénomènes de masse, la manipulation à petite et grande échelle, la simulation, la tromperie, voilà des thèmes que Niccol traite à merveille, avec toujours comme fil conducteur la création. Le créateur et la créature. Tel Ed Harris dans "The Truman Show", tel Pacino dans "S1mone", Andrew Niccol est un Dieu aux manettes d'un laboratoire humain géant, dans des studios où tout peut être arrangé, truqué. Dans ses films, la mer et l'espace sont omniprésents, l'infini guette, mais la réalité ne tient qu'à un fil, toujours prête à basculer.

Al Pacino, une fois plus époustouflant, est ce grand acteur idéal pour un personnage qui se joue du système. Désemparé, ingénu, machiavélique, grand joueur, Pacino est impressionnant. Rachel Roberts, en icône virtuelle, incarnant la star idéale pour son premier rôle, interprète Simone avec certainement plus de mérite qu'il n'y paraît. Même quand on sourit énormément, avec une bouche concurrençant celle de son homonyme Julia. Mais la vraie révélation du film est certainement Pruitt Taylor Vince, qui interprète la fille de Pacino, et qui pourrait devenir aux côtés de Leelee Sobieski et Natalie Portman une des toutes meilleures actrices du futur.

Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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