5 décembre 2020
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S1mone avec Al Pacino : La critique

Notre capacité à fabriquer du faux dépasse notre capacité à le détecter". Parti de cette phrase qu'il fait prononcer à son personnage dans "S1mone", Andrew Nicol (scénariste de "The Truman Show" de Peter Weir et réalisateur de "Bienvenue à Gattaca") lance une réflexion autour du pouvoir de l'image, virtuelle ou non, et de son influence sur nos sociétés modernes.

Dans "S1mone", nous découvrons Viktor Taransky, "deux fois nominé aux Oscars", et qui en a marre de passer ses journées à satisfaire les moindres caprices de ses stars sur les plateaux de tournage. Une dispute avec l'actrice vedette de son film le met à la rue, sans actrice, sans studio et sans avenir. C'est alors qu'un étrange scientifique l'aborde en prétendant avait trouvé un remède à ses déboires : une actrice parfaitement virtuelle manipulable à souhait et toujours disponible. D'abord incrédule, Viktor Karansky finit par jeter un oeil sur cette invention miraculeuse. Simone naît peu après et devient très vite une star d'envergure internationale.

Après le côté glacial, presque figé, de "Bienvenue à Gattaca", Andrew Niccol aborde ouvertement le domaine de la comédie, quand bien même cette comédie évoque des sujets sérieux. A travers le personnage parfaitement fictif de "S1mone", Viktor espère bien trouver une reconnaissance publique qui lui a toujours fait défaut.  "S1mone" lui volera son succès, amalgame de célébrités, le personnage, constitué de seuls pixels attire vite la sympathie des foules qui, même dans ses excès les plus sordides, lui gardera son affection. La créature échappe à son créateur, parabole moderne d'un monde régi par des images plus factices les unes que les autres. Enferré dans le mensonge de sa machination et attiré par un argent qui coule à flots, Taransky finira par tuer la poule aux oeufs d'or.

Drôle, "S1mone" l'est assurément, ne serait-ce que lorsqu'il montre un Al Pacino mimant les gestes de sa création en prenant un air affecté tout en s'envoyant des fleurs par "S1mone" interposée. La réalisation, parfaitement lisse, colle très bien à cet univers et jette derrière l'immédiateté du rire un regard aussi cynique qu'effrayant sur un monde dans lequel l'image règne en maîtresse absolue. C'est là le propre du cinéma d'Andrew Niccol, ce qui le rend si singulier et si attachant : sa capacité à faire réfléchir tout en divertissant. Bien avant l'heure, "The Truman Show" critiquait les dérives possibles d'une télé-réalité poussée dans ses derniers retranchements; dans "Bienvenue à Gattaca", c'était aux dérives médicales d'être montrées du doigt.

Et si, à chaque fois, une certaine froideur semblait prévaloir, le héros s'en sortait grâce à son côté humain, avec ce qu'il implique de défauts et de qualités. Il en est de même pour "S1mone" qui, tout personnage parfait, qu'elle soit n'en reste pas moins un pantin, dangereux lorsque l'on ne voit qu'avec ses yeux… Andrew Niccol nous incite à regarder plus loin, y compris à propos de son propre film, un geste courageux de la part d'un cinéaste venu d'outre-atlantique quand on voit quel degré de superficialité règne sur la plupart des films américains contemporains.

Auteur :Guillaume Branquart
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