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Sa Majesté Minor : Critique

« Connais-toi toi-même ». Tels sont les premiers mots prononcés par sa Majesté José Garcia dans "Sa Majesté Minor", lorsqu'il s'extirpe de sa condition cochonnesque. Mais c'est sans doute aux aventureux cinéphiles de se connaître eux-mêmes, ou plus exactement de connaître leurs limites. Tiendront-ils le choc face à cette farce, qui a tout de l'anachronique pirouette ?

En des temps reculés, ceux qui furent le théâtre des mythes, les hommes côtoient les animaux sur une île imaginaire de la mer Egée, sans parfois que l'on distingue les uns des autres (si si, vous pouvez me croire sur parole). Et là, sous le soleil éclatant de la Méditerranée, se nouent les premiers véritables conflits humains : l'amour, la jalousie, l'envie, le pouvoir, la corruption, le désir… La liste est longue...

Minor (José Garcia), élevé par une truie suite à la mort de sa mère dans un naufrage, se comporte tel un cochon et vit avec ses heureux congénères dans une porcherie. Seulement, après un accident qui a failli lui coûter la vie, Minor devient (ou redevient ?) un homme. La superstition voudra que toute la gentille communauté fasse de lui son nouveau roi. C'est sans compter son attirance pour la fille du patriarche (Mélanie Bernier) et les conseils plus que scabreux de Pan (Vincent Cassel), le satyre mi-homme mi-bouc le plus vicieux de la mythologie.

Vous avouerez que la lecture du synopsis est en elle-même édifiante ; Jean-Jacques Annaud a voulu faire un film qui sorte de l'ordinaire des sorties actuelles. C'est lui qui le dit. Ah ça… "Sa Majesté Minor" ne ressemble à aucun autre ! Certes, le projet, piteusement taxé de « comédie fantastique » par les diverses plaquettes des cinémas, peut faire penser à la triste ambition du "Rrrr" de notre Chabat national. L'idée se fondait sur une bonne intention : retrouver l'esprit des brillantes comédies d'Aristophane, dans lesquelles le rire était truculent et la morale malmenée dans l'intelligence et la bonne humeur...

Seulement, peut-être fallait-il aujourd'hui adoucir les traits de ces personnages qu'on souhaitait dignes des plus grands dramaturges grecs : comment raisonnablement penser faire de José Garcia l'amant d'une truie, autrement qu'en le suggérant au théâtre comique ? En 1h40, on a le temps de subir les flatulences de cette même truie, les facéties d'un Garcia surexcité par sa propre virilité et les cabrioles d'un Vincent Cassel qui ne rechigne ni aux charmes des hommes ni à ceux des arbres (si, si, je vous assure…)...

Fallait-il faire « plus de morale » ? La question n'est pas là. Mais tout se passe comme si la belle inspiration voulue par Annaud s'était transformée en « truisme parodique ». Non sans humour, José Garcia se plaît à rappeler que « le coup n'est pas parti tout seul en nettoyant le fusil » (fin de citation), et que "Sa Majesté Minor" est totalement assumé. Le rappeler juste avant la troisième avant-première du bébé, c'est un peu comme se tirer une balle dans le pied, en suggérant qu'on n'assume que les « petites bêtises »… Mais l'on peut aisément pardonner aux acteurs d'avoir participé à ce curieux numéro théâtral : ils sont tous impeccables dans leurs rôles.

Garcia a patiemment accepté de passer de l'état de cochon à l'état de roi libidineux sans céder à la facilité du ridicule. Cassel incarne un Pan surprenant d'énergie et de dynamisme solaire. On appréciera également les présences discrètes de Rufus et de Claude Brasseur, honnêtement drôles sans gesticulation inutile. Alors à qui la faute, si la mayonnaise ne prend pas ? Pas à la réalisation de "Sa Majesté Minor". C'est qu'elle est beaucoup plus sobre que ce scénario qui pèche par excès de zèle intellectuel, sous couvert de fêter les saines retrouvailles du cinéma avec la tradition de ce bon vieux Dionysos. Faire de la comédie grecque au XXIème siècle est risqué, et Annaud et son équipe le savaient.

Auteure :Julie Stankiewicz
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