22 février 2020
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Sahara : Pour le spectacle

Olé olé ! L'été arrive et apporte dans son sillage des grains de sable pelliculés. Imaginez donc l'Afrique, ce fabuleux continent avec ses chefs d'états mafieux et sans pitié, des entrepreneurs français venus conquérir le monde avec la main d'oeuvre locale bon marché, une contamination bactériologique imminente... Non, il ne s'agit pas de "Alerte 2" avec Dustin Hoffman dans le rôle du singe, ni de "Anaconda 5". Quoique, pour le dernier... 

Voici donc "Sahara", l'histoire de deux aventuriers hors du commun (comprenez "beaucoup d'effets visuels"), dont le futur incertain ne manquera pas de nous exploser à la figure dans l'heure qui suivra. Dirk, beau et musclé (Matthew McConaughey, lapin Duracell numéro un) séducteur à la chevelure dorée, se sort de toutes les situations, même les plus périlleuses. Al, petit, trapu (Steve Zahn, lapin Duracell numéro deux) mais pas forcément laid, est toujours sur les talons du maître, en bon sidekick qui se respecte. Du chemin, ils en ont fait tous les deux. Un hochement de la tête et les deux pourraient faire exploser dix tonnes de C4 devant vos yeux ébahis. Ce cliché centenaire ne serait jamais complet sans l'inévitable patron à la rescousse quand tout va mal (William H. Macy, inoffensif) et l'éternelle doctoresse de l'OMS qui n'en finit pas de conjurer le ciel à force de voir tant de maladies : "Oh, mais c'est horrible, il faut faire quelque chose !"(Penélope Cruz, fade et insipide), présence féminine qui obligera une escapade avec le beau ténébreux de service, ici présent.

Bref, affublé de tares personnifiées, le film n'aurait jamais été ce qu'il est, sans un bon scénario. Que dis-je ! De la jubilation pour nous, chers spectateurs ! Dès le début du film, nous sommes en pleine guerre de Sécession, où un navire blindé gigantesque de l'armée américaine est bombardé de tous les cotés. Un navire donc, transportant de l'or... C'est ce après quoi nos deux aventuriers partent initialement à la recherche. Bon gré mal gré, cette quête les expédiera dans un tourbillon d'aventures hors du commun (comprenez "merci au scénariste d'avoir rajouté une foultitude de sous-intrigues"). Sur ce chemin parsemé d'embûches, il y aura des explosions - et on croyait que "Panama" était un canal... - à gogo, des containers radioactifs et un Lambert Wilson (radioactif ?) en perpétuelle déclinaison depuis son abonnement chez "Matrix"... 

Force est de constater les intentions, certes louables, du réalisateur de nous en mettre plein la vue. Cela, on l'avait compris. Par contre, il y a une limite. Et cette dernière est allègrement dépassée quand nos deux compères se retrouvent en plein milieu du désert, formidable métaphore du cinéaste qui ne saurait plus que faire de ses personnages, les isolant sur une jolie page blanche. Pourtant, une judicieuse ellipse va les aider à convertir un avion en mini-char à voile (!), ce qui va leur permettre de regagner la tangente plausible de l'histoire. A méditer...

Mais ne nous attardons pas sur ce qui n'est pas vraiment un chef d'oeuvre: "Sahara" offre au spectateur tous les bons points d'un divertissement type "Indiana Jones" (reviens Indiana !!!!) : parcours extraordinaire de héros inégalables, pyrotechnie à son paroxysme, ainsi que des décors naturels somptueux, des couleurs chaudes nous donnant envie de partir en vacances sur le champ. Et surtout, la scène de destruction finale en vaut l'attente, malgré un schéma classique. Pour se délecter de ces plaisirs, il faudra pourtant savoir fermer les yeux sur les épais croquis que sont les protagonistes du film.

Auteur :Houmann Reissi
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