16 octobre 2021
Critiques

Saint Laurent : Hautement recommandable

Bertrand Bonello retrace sur une dizaine d'années la vie d'Yves Saint Laurent, ses instants les plus créatifs, sa reconnaissance mondiale impliquant aussi ses égarements, ses doutes, ses heures sombres consommées dans la drogue, l'alcool et le sexe. Cependant, "Saint Laurent", le film, va au-delà et dépasse l'histoire d'Yves Saint Laurent, mettant en parallèle le contexte historique de l'époque : la guerre d'Algérie, mai 68, les mouvements féministes et les nombreux artistes qui ont inspirés le couturier.

Le réalisateur nous présente un personnage écorché par sa passion, fragile et insaisissable, ayant perdu tout contact avec la réalité, et parfaitement illustré par la structure du film qui nous amène les années par flash et non de façon linéaire. L'action se déroule entre 1967 et 1976, et, malgré l'apparition des dates qui permettent de situer les différentes scènes du film dans le temps, ce dernier paraît presque absent : toutes ces années qui défilent dans le désordre renforce l'idée d'un Yves Saint Laurent intemporel, qui jamais n'est atteint par le temps et sur lequel le réel n'a aucune emprise. Il n'a d'ailleurs aucun contact avec le monde extérieur : tout au long du film, on le voit  toujours dans des endroits clos, avec ses amants, ses amis, ou sa mère ; un choix du réalisateur qui prend tout son sens.

A travers ce créateur qu'est Yves Saint Laurent, le réalisateur ne nous raconte pas seulement la vie du couturier mais nous montre à quel point le processus créatif peut être destructeur et comment il devient incontrôlable. Dans une scène notamment, Yves Saint Laurent dit qu'il aimerait arrêter ce métier, mais qu'il n'y arrive pas ; comme si l'inspiration venait et repartait de façon totalement indépendante de l'artiste, en dévastant tout sur son passage. Bien sûr sa déchéance va aussi être le résultat en grande partie à sa relation passionnelle avec Jacques de Bascher, interprétée de façon hypnotique par Louis Garrel, et doté d'un charme envoûtant qui fascinera Yves Saint Laurent. Bertrand Bonello parvient, tout en évoquant les soirées imbibées d'alcool, de drogues, et de sexe initiées par Jacques, à rester dans le domaine de la suggestion.

La réussite de "Saint Laurent" est aussi dûe en grande partie à la qualité de jeu des acteurs : Gaspard Ulliel joue admirablement le rôle de Yves Saint Laurent, qu'il s'agisse de sa gestuelle ou de sa voix, il est tout à fait crédible et refaçonne avec finesse la fragilité du personnage. Jérémie Renier est émouvant dans le rôle d'un Pierre Bergé entièrement dévoué au couturier, mais totalement impuissant face à la folie et au mal être de Yves Saint Laurent. Léa Sédoux rentre dans la peau de Loulou de la Falaise avec ce charisme qu'on lui connaît tandis Aymeline Valade joue avec une élégance naturelle le rôle de Betty Catoux.

C'est avec succès et non sans risque que Bonello nous dépeint une parcelle de la vie du célèbre couturier, notamment grâce aux détails, aux éléments historiques incorporés avec précision dans le film, une esthétique raffinée, des costumes magnifiques et une distribution d'acteur parfaite. Bref, un film hautement recommandable !

Auteure :Matisse BakoTous nos contenus sur "Saint Laurent" Toutes les critiques de "Matisse Bako"

ça peut vous interesser

Mon Légionnaire : La patience est le maître-mot

Rédaction

Mourir peut attendre… encore un peu

Rédaction

Mon Légionnaire : Concours national

Rédaction