31 juillet 2021
Critiques

Samba : Quel beau renouvellement !

Après le triomphe historique de "Intouchables", Eric Toledano et Olvier Nakache ont acquis le statut qui donnait son titre à leur précédent opus. Ils avaient donc toute latitude pour poursuive dans la veine qui leur avait jusque là extrêmement bien réussi de "Je préfère qu'on reste amis" à "Nos jours heureux" en passant par "Tellement proches", à savoir un mélange d'un humour bien senti magnifié par un sens des dialogues irrésistible et une émotion diffuse qui, de film en film prenait de plus en plus en de place. En lieu et place d'un improbable "Intouchables 2", ils reviennent sur le devant de la scène avec une comédie sociale au fond beaucoup plus dramatique que ce qu'ils ont pu faire auparavant, mais sans renier leur identité, et donc avec toujours leur sens comique aigu en bandoulière

Si "Samba" (distribué par Gaumont) reste dans la lignée de leur travail, les deux réalisateurs ont développé un scénario qui, comme, "Intouchables" prend ses racines dans un livre, Samba pour la France de Delphine Coulin ici. L'histoire de ce sans-papier vivant d'expédients depuis 10 ans et qui, en souhaitant régulariser sa situation va tomber sur une femme qui, comme lui, est perdue dans sa vie. Sur la foi de ce court résumé, on voit déjà les sabres se lever, prêts à s'abattre sur la tête des deux auteurs, coupables de reproduire la recette d'"Intouchables", mais le tandem Toledano/Nakache est suffisamment intelligent pour ne jamais avoir eu de recette et pour surtout ne pas en faire une marque de fabrique. Car "Samba" est un film original, avec un regard chaleureux et sincère mais aussi plein de pertinence sur la société actuelle, et surtout "Samba" ne surfe à aucun moment sur la vague d'un triomphe dont ils auraient pu exploiter le filon jusqu'à plus soif, si ce n'est via quelques clins d'oeil qui ne vont jamais dans le sens attendu. Gardons la surprise  des éléments  dramatiques qui font avancer la narration, mais Toledano et Nakache ont  la délicatesse de ne jamais forcer le trait, bien que l'effet de surprise ne soit pas constamment au rendez-vous.

Autre force d'un film dont l'écriture est le centre névralgique, c'est de ne pas s'appuyer cette fois uniquement sur un duo. Ce qui ne veut pas dire que les seconds rôles sont empilés pour simplement se démarquer, car chaque personnage a une véritable épaisseur et une vraie humanité qui se dégage. A ce titre si Omar Sy et Charlotte Gainsbourg sont indéniablement les têtes d'affiche, les présences conjuguées de Tahar Rahim et de Izia Higelin, tous deux pétris de naturel et d'un charme incandescent apportent au film une fraicheur bienvenue. Il faut voir Tahar Rahim en baratineur, hâbleur, se mettre à danser devant un bureau de filles en transe ou Izia  Higelin et son formidable abattage pour être convaincu de l'utilité de leur présence au générique, même si leurs personnages sont un peu laissés de côté dans le dernier tiers du film. Car, ne nous leurrons pas, c'est Samba et l'histoire d'amour improbable qu'il va nouer avec Alice qui sont au centre du film. Omar Sy, touchant et tendre dans un jeu épuré est remarquable de délicatesse et Charlotte Gainsbourg, magnifique de pudeur jouant le malaise comme la colère ou l'empathie avec une justesse impressionnante. Leur pas-de-deux donne le tempo de "Samba" ! Et Toledano/Nakache en chefs-d'orchestre renouvellent brillamment leur partition !

Auteur :Fred Teper
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