13 novembre 2019
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San Antonio avec Gérard Lanvin : La critique

Frédéric Dard, cet humble et génial écrivain, ne comprenait pas la ferveur qu'avait pu susciter son œuvre (175 San Antonio, quand même !). Mais ses fidèles lecteurs, évidemment, jubilaient à chaque nouvelle aventure de leur commissaire préféré, San Antonio, et de son fidèle et légendaire Béru.

Hommes à femmes, dans un style différent, nos deux (anti)héros ne manquaient pas de résoudre dans un style décontracté, grossier et pourtant divin les énigmes proposées.

Ainsi, Claude Berri décida de produire ce "San Antonio" qu'il confia à un ami de longue date, co-réalisateur du Pont entre deux rives de Depardieu. Une affaire de famille, en quelque sorte. Frédéric Auburtin, donc, a eu la lourde tache de mener à bien cette superproduction qui, au vu du résultat, ne valait pas tant d'investissements.

La réalisation, et surtout le scénario, peu inspirés, souffrent du grand mal contemporain : la non originalité, la banalité à tout va. En décidant d'adapter San Antonio de nos jours, c'est un style qu'on a effacé, une difficulté qu'on a occultée, même si le caractère propre des personnages est toutefois respecté.

Les filles et la vulgarité n'ont pas disparu, fort heureusement, puisque c'en est la marque de fabrique. Mais les scènes d'actions et les développements policiers, pesants, tirent le film vers le déjà (trop) vu.

Et pourtant, on se délecte de quelques réels bons moments (les trop rares scènes entre Sana et Béru ou encore celle de la Jeep). Grâce notamment, à un Gérard Lanvin impeccable, parfait pour le rôle de San Antonio.

Depardieu, dans la lignée de ses précédents rôles de simplets au bon cœur (Astérix et Obélix, Tais-toi !), est une bonne surprise : qui imaginait un Béru plus gras, plus rougeaud, plus gore, sera convaincu par le respect ignoble, vulgaire et en même temps humain que Depardieu confère à ce rôle mythique.

Une ribambelle de seconds rôles, Jérémie Régnier, Jean-Roger Milo et Michèle Bernier en tête, se sort plutôt bien de ce piège. Et Michel Galabru fait du Galabru.

Ainsi, ce qui pêche, c'est peut-être de ne pas avoir osé un film 100% San Antonio où le tandem Sana/Béru et leurs manières outrancières aurait été magnifié et non réduit à deux personnages d'un film grand public.

En somme, on aurait aimé savourer un cocktail de dérision, de cul, de grossièreté délicate qu'un Bertrand Blier des temps anciens aurait sublimé.

Certes, on entrevoit un certain panache, et les femmes, comme les bons mots, ne sont pas absents. Pourtant, les aficionados seront sans aucun doute déçus, tandis que les novices pourront à la rigueur découvrir, et encore, l'univers si décalé de San Antonio.

On espère, s'il y a suite, qu'une fois posés les personnages, le prochain épisode sera plus couillu. Ce qu'on ne pourra reprocher au film, c'est qu'il donne une furieuse envie de se replonger dans les livres… Comme souvent.

Auteur :Alessandro Di Giuseppe

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