28 septembre 2021
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Sans Identité : Critique

S'il est bien une chose que l'on comprend à la vision de "Sans Identité", c'est que le héros s'appelle Martin Harris, ou plutôt Pr Martin Harris, s'il vous plaît. Le nom du malheureux étant martelé une bonne centaine de fois, on finit par avoir envie de la lui balancer à la figure, son identité ! Vous l'aurez compris, "Sans Identité", le nouveau film de Jaume Collet-Serra, adapté d'un roman de Didier van Cauwelaert, est un parfait exemple d'objet cinématographique pachydermique. Dans sa réalisation, son propos, son interprétation, son esthétique, bref, dans à peu près tous les champs possibles constitutifs d'un film.

Le réalisateur espagnol nous avait pourtant agréablement surpris en 2009 avec "Esther", un thriller efficace et bien mené. Plus le film déroule son inepte scénario (on n'a même pas droit à une intrigue tarabiscotée qui nous aurait – au moins – bien trituré les méninges), moins on se sent le courage de compter le nombre de plans et de scènes ridicules qu'il comporte. On mentionnera quand même la scène de confrontation entre le vrai (?) Martin Harris et le faux (?), lorsque notre héros parvient à rejoindre l'hôtel. Reconnaissant sa femme, il s'avance vers elle, mais celle-ci ne le reconnaît pas, et appelle son mari à la rescousse. La joute verbale entre les deux personnages restera, à n'en pas douter, dans les annales du cinéma, avec des dialogues à peine plus élaborés que « Mais non vous n'êtes pas Martin Harris – mais si je le suis – mais non – mais si – mais non – mais si », avec les champs/contre-champs qui vont bien avec, cela va de soi. Un tout petit moment de trouble surgit l'espace d'une seconde, quand les deux Martin Harris, cherchant à prouver à l'un de leurs collègues qu'ils sont le bon Martin Harris, en viennent à prononcer exactement les mêmes phrases dans une parfaite stéréo. Cependant, l'instant d'après, "Sans Identité" retourne se rouler dans sa fange. Tout est démonstratif, appuyé, à se demander si le réalisateur ne nous prend pas pour des idiots, dans son besoin constant de nous montrer où regarder, de nous dire quoi penser et comment réagir.

Et puis comment ne pas évoquer les effets de style que Jaume Collet-Serra pense peut-être arty (les personnages se rendent même dans une exposition d'art contemporain, hé oui) mais qui ne parviennent qu'à être risibles ? Il en va d'un sépia criard absolument abominable, destiné aux flash-back, bien entendu, ou encore d'un cadre qui pivote lorsque Martin Harris (vous vous souvenez ?) ne se sent pas bien. Et puis, n'oublions pas ces fabuleux moments d'introspection philosophique qui voient le héros esseulé s'interroger sur sa condition, et de réflexion sociale, avec notamment une tirade sur l'origine bosniaque de Gina, la conductrice du taxi dans lequel Martin Harris a eu l'accident, qui réunit chaque euro qu'elle peut pour se payer des papiers, et dont la famille a été massacrée.

En parlant de Gina, celle-ci est interprétée par Diane Kruger, l'une des nombreuses guest-stars allemandes que "Sans Identité" a eu la bonne idée de réunir (bah oui, ça se passe à Berlin, et le film a été entièrement tourné en Allemagne, quand même). On citera également Sebastian Koch (vu dans "Black Book" et "La Vie des Autres ") et Bruno Ganz (qu'est-il allé faire dans cette galère ?). Quant à Liam Neeson, que l'on a déjà observé nettement plus inspiré, il surjoue, ou plutôt joue à côté, nous gratifie de mimiques ridicules et semble parfois plus aboyer que parler. Quant à son pointage du doigt, n'en parlons même pas, c'est tout bonnement oscarisable ! Tout est dit, rendons les armes, et faites-nous confiance, épargnez-vous "Sans Identité", un film aussi inutile qu'irritant, dont on aurait préféré qu'il reste aussi « unknown » que son titre original.

Auteure :Audrey Jeamart
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