30 juillet 2021
Critiques

Sausage Party : Critique

Cinéphiles de tous poils l'attendaient fébrilement depuis que ses premières critiques nous mettaient l'eau à la bouche, "Sausage Party" arrive enfin en France grâce à son succès outre-Atlantique en août dernier avec près de 98 000 000 $ de recettes sur le territoire nord-américain pour un ridicule budget de production à 19 000 000 $. Comme cela est arrivé à beaucoup de comédies américaines, la sortie française s'est faite dans la douleur : le long-métrage arrive un peu plus de trois mois après sa sortie américaine et seulement sur 81 copies. Ayant vu le film en VOST et ne pouvant donc juger de sa performance, Cyril Hanouna participe au doublage et en faire un argument marketing était sans doute une mauvaise idée quand on connaît la réputation du bonhomme auprès du public. Toutefois, grâce à La Manif Pour Tous, qui a vivement attaqué le film d'animation pour son contenu vulgaire, l'implication d'un des animateurs les plus détestés du paysage audiovisuel français était un peu couverte. Certes, en plus d'être de mauvaise foi, car la campagne marketing française n'a jamais caché la nature du long-métrage, La Manif Pour Tous a malheureusement mis en évidence ce que beaucoup d'occidentaux pensent encore que l'animation est un genre comique forcément destiné aux enfants alors qu'il s'agit d'un style ou d'une technique de mise en scène qui n'empêche en rien de mettre en images des histoires adultes &/ou sans humour mais, et c'est triste de devoir l'admettre, la mauvaise publicité est celle que l'on ne voit pas. Toutefois, avec une moyenne par salles inférieure à 100 spectateurs le jour de sa sortie, "Sausage Party" risque de ne même pas être une réussite commerciale à son échelle très réduite. Ce qui attisait la curiosité des aficionados de cinéma ne résidait pas dans le contenu sexuel et le langage ordurier mais plutôt dans le caractère prétendument subversif et satirique du scénario. Les anglo-saxons nous apprenaient que "Sausage Party" s'attaquait de façon surprenante à la religion et la politique sous ses apparences "irrévérencieuses ".

Pour évacuer ça rapidement, parlons des quelques défauts du film : la vulgarité des dialogues et des gags est parfois gratuite ou trop appuyée. Ce n'est pas en foutant des trucs dégueulasses dans un film d'animation qu'on en fait une oeuvre profondément une oeuvre subversive, on en fait juste un spectacle désagréablement immature et m'as-tu-vu voire, et c'est le cas des horribles parodies du duo Friedberg-Seltzer, tout simplement écœurant. En plus, on frôle l'overdose de jeux de mots alimentaires dignes d'une pub Oasis. Mais heureusement, le film ne se limite pas à cela : c'est bon de voir que l'équipe ne s'est fixée aucune limite. Jamais "Sausage Party" ne fait dans la demi-mesure et, même si l'on est réfractaire à ce style d'humour, entendre d'aussi bons acteurs s'éclater au doublage est très communicatif. De la même manière, la mise en scène s'en donne à cœur joie et y va à fond les ballons pour souligner l'atmosphère de chaque scène en plus de nous offrir l'un des climax les plus haletants de l'année sans avoir besoin de péter une ville comme la première superproduction pétée de thunes venue. Elle crée habilement un décalage entre le point de vue des aliments, très porté sur les sensations fortes aussi bien dans l'émerveillement que dans l'horreur, et le point de vue des humains, beaucoup plus morne. Elle va même jusqu'à désaturer les couleurs d'une même scène quand l'on passe du regard d'un produit à celui d'un humain.

Enfin, on pouvait craindre que la satire vantée par les critiques soit trop manichéenne pour être réellement convaincante mais "Sausage Party" parle des croyances, des communautarismes, des stigmatisations et de la manipulation des mentalités de manière très juste parce qu'elle donne des arguments valables et non intéressés aux manipulateurs en question en plus de nous mettre face à notre difficulté à remettre en cause notre vision du monde quand l'on se trouve face à une vérité qui entre en contradiction avec celle-ci. Bref, le mythe de la caverne de Platon n'est pas bien loin alors que l'inévitable hymne à l'ouverture n'en est que renforcé car il offre un discours défendable à ceux qui essaient de la maîtriser et s'appuie sur un univers et des personnages très solides. C'est l'étudiant en management qui va parler mais en marchandisage, l'agencement des produits se fait en " univers " : épicerie salée, sauces et condiments, alcools & vins, surgelés...

Ainsi, les fameux rayons de toute enseigne de distribution qui se respecte et "Sausage Party" exploite cela pour faire de son décor un monde cohérent et où chaque lieu a ses caractéristiques propres. Quant aux personnages, en plus d'un casting vocal de haute volée, ils exploitent à merveille leur appartenance ethnique puisque les stéréotypes qu'on leur associe sont en adéquation avec leur condition de produit tout ce qu'il y a de plus ordinaire et nous rappellent aussi notre triste propension à étiqueter les autres en fonction de leur apparence physique, de leurs origines ou de leur religion. "Sausage Party" donne ainsi de la profondeur à ses personnages parce qu'ils sont notre reflet et cherchent à s'extirper de leur condition. Lorsque on arrive à faire ressentir la tristesse d'un lavash et d'un bagel quand ils se retrouvent séparés après une quête où ils ont appris à sa connaître alors qu'ils se détestaient, c'est qu'on est un bon conteur d'histoires...

Pour conclure, en VOST ou en VF, ne vous privez pas de "Sausage Party" si vous avez la chance de trouver une salle qui le diffuse : c'est souvent trop lourd pour être drôle mais c'est très bien rythmé, très bien écrit, très bien mis en scène et bien plus intelligent que vous ne pourriez le croire.

Auteur :Rayane Mezioud
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