16 septembre 2021
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Savages : Un film trop sage

Olivier Stone est un cinéaste qui laisse rarement indifférent. Platoon, Tueurs nés, ou plus récemment "Wall Street : l'argent ne dort jamais", sa filmographie est à la fois riche et variée. Avec "Savages" (distribué par Pathé), son dernier bébé adapté d'un roman de Don Winslow, l'américain de 65 ans passés montre qu'il n'est pas à mettre aux oubliettes. Drogue, sexe et gangsters, les ingrédients sont connus. Ajouter à ça un casting quatre étoiles composé de Blake Lively, Salma Hayek, John Travolta ou encore Benicio del Toro, et on comprend pourquoi l'attente autour de ce projet était grande. À juste titre ? 

Californie, de nos jours. On assiste à la fulgurante ascension d'un trio glamour qui respire les palmiers, le soleil et le sable chaud. Chon et Ben sont amoureux d'Ophelia, qui le leur rend bien. Tous les trois ont monté un business florissant et lucratif : la production de marijuana, selon eux la meilleure du monde. La vie est belle, tout roule, jusqu'au jour où la mafia mexicaine décide de mettre son nez dans leurs affaires… Le début des ennuis, qui débouchent rapidement sur le kidnapping en règle de la belle « O. » (Blake Lively) afin de faire pression sur le fameux tandem.

Un des premiers paradoxes, au regard des acteurs cités plus haut, est la célébrité somme toute relative des deux acteurs principaux. Comme si Stone initiait un passage de relais… Chon (Taylor Kitsch) a été vu cette année dans "Battleship" au côté de Rihanna. Quant à Ben (Aaron Taylor-Johnson), il doit sa notoriété à son rôle remarqué dans "Kick-Ass", sorti courant 2010. Duo improbable sur le papier, l'association du Canadien et du Britannique fonctionne plutôt bien. Chon est un dur à cuir, il a servi l'armée américaine en Afghanistan. Le second est tout le contraire d'un bad-boy, et participe de manière régulière à des missions humanitaires dans les pays les plus défavorisés. Un binôme complémentaire.

Usant d'un humour noir et violent à souhait, "Savages" est sans aucun doute un bon film d'action, avec du rythme et de la tension. On ne peut rien reprocher à la manière de filmer, avec des plans soignés et des décors vraiment grandioses (la zone frontalière entre le Mexique et les États-Unis, et ses couleurs vives, est un cadre idéal), la réalisation est carrée, comme on pouvait s'y attendre de la part d'un cinéaste aussi mythique. Mais une fois ces arguments cités et avec un peu de recul, le film ne laisse pas une impression démentielle. Plutôt celle d'un long-métrage qui ne restera pas dans les annales.

Pourtant, la prestation de Benicio Del Toro en tueur froid et vicieux est une réelle performance, tout comme celle de Salma Hayek en parrain de la Mafia, étonnamment crédible. De son côté, John Travolta, qui campe un flic véreux et sournois, est moins convaincant. Mais dans l'ensemble les stars hollywoodiennes tiennent plutôt la route. De plus, Oliver Stone ne se contente pas de livrer un thriller explosif bête et méchant, mais il s'en sert pour faire passer comme à son habitude deux ou trois messages sur sa vision du monde, et entretient le regard critique qu'il adresse à la société américaine. Il évoque le libéralisme et ses travers, et dresse une métaphore de la lutte entre grande distribution capitaliste et petit commerce de proximité. Une plus-value non négligeable entre explosions, décapitations et vapeurs de cannabis.

Ces derniers mois, nombreux sont les cinéastes à avoir effectué leur retour aux affaires. Comme Francis Ford Coppola avec "Twixt", ou William Friedkin et son "Killer Joe" sorti au début du mois. Oliver Stone est inévitablement comparé avec ses films précédents, et l'on s'acharne à déterminer s'il est encore dans le coup. Sans hésitation, "Savages" ne figurera dans son top 3 (vive la concurrence !), mais cela compte-t-il vraiment ? 

Auteur :Pierre Gérard Lespinasse
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