19 octobre 2019
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Saw : Bête et méchant

Critique de Saw

par Matthieu Deprieck


Dans la famille « gros coup commercial avec deux fois rien », je voudrais "Saw" de James Wan. On connaissait déjà "Blair Witch project", "Open Water", "Cube"…

Et voici donc le petit dernier. Tourné en dix-huit jours et d'abord destiné au marché DVD, un producteur a senti le bon coup et y a injecté quelques milliers de dollars pour en ramasser dix fois plus. Et l'histoire de gros sous ne s'arrête pas là : "Saw 2" est déjà en tournage. La fin est donc décevante, bien évidemment. Mais, commençons par le commencement.

Adam et Lawrence se réveillent dans un cloaque, le pied enchaîné à un tuyau. Ils ne se connaissent pas et au milieu de la pièce traîne un cadavre. Dans la poche de leur veste, ils découvrent tous les deux une cassette et parviennent à l'introduire dans le dictaphone que tient le cadavre.

La bande dicte les règles d'un drôle de jeu : Lawrence doit tuer Adam s'il veut retrouver sa famille en vie. Tuer pour vivre. Qui est le tueur ? Comment les deux prisonniers vont-ils s'échapper ? Et Lawrence va-t-il exécuter son compagnon de galère ? Voici les questions que le spectateur se pose tout au long de ce thriller haletant et surtout sanguinolent.

Parfois semblable au chef-d'œuvre de David Fincher, "Sev7n",  James Wan, réalisateur et scénariste de "Saw", expose toute une série de jeux sadiques organisés par le mystérieux criminel.

Exemple : un homme est enchaîné dans une cave dont la porte se refermera dans trois heures. La clé de sa chaîne est dans un coffre et le code pour l'ouvrir se trouve sur un des murs aux côtés de centaines de fausses combinaisons. Une bougie peut l'aider à distinguer les inscriptions. Mais, son corps est couvert d'une matière inflammable. Par ailleurs, à pieds nus, il lui faut marcher sur les débris de verre qui jonchent le sol.

Même si les premières minutes de "Saw" ressemblent à une accumulation de jeux tous plus dégoûtants les uns que les autres, le récit se construit ensuite autour d'une enquête policière menée par un vieux flic, joué par Danny Glover et un plus jeune.

La bonne nouvelle que vient nous apporter "Saw", c'est le renouveau du film d'horreur américain au moment où s'enchaînaient les remakes de l'épouvante asiatique tels que "The Grudge" ou "Ring".

Reconnaissons à James Wan un véritable talent de scénariste. Bien que tordu et tortueux, les tortures de Saw font un film cohérent qui embarque le spectateur sans toutefois, à aucun moment, risquer de le perdre. James Wan ne se met pas en danger et respecte les codes du genre.

Malgré la révélation finale qui n'a pour but que de faire revenir le spectateur un an plus tard, "Saw" se classe parmi les meilleurs films de sa catégorie.

Parlons de la fin d'ailleurs. Prenant exemple sur le Psycho d'Alfred Hitchcock, l'équipe du film demande aux spectateurs de ne pas livrer le dernier rebondissement. Mauvaise référence. Quand "Psycho" parvenait à effrayer avec le moins d'effet possible, Saw sort l'artillerie lourde. Le but : être le plus méchant possible.

James Wan emprunte le chemin de la facilité. Comment ne pas surprendre, ne pas frapper l'attention du spectateur en présentant de telles horreurs ? Le réalisateur est vite handicapé par ce parti pris. A force de vouloir donner la nausée au spectateur, il provoque l'effet inverse, le dégoût et le rejet.

Dans "Saw", donc, tout est gros, trop gros. Et puisque le hors-norme finit par rentrer dans la norme, il faut bien sortir à nouveau de la banalité et transgresser les limites. Jusqu'où ?

Au final, "Saw" est un film d'épouvante réussi, qui suit les codes du genre. Mais qui d'une façon malsaine emprunte des sentiers nauséabonds dont on se serait bien passé.

L'inventivité ne doit pas servir qu'à créer des jeux cruels et repoussants. Elle doit pouvoir faire peur au spectateur avec le moins de moyens possibles. C'est ce que ne réussit pas du tout à faire "Saw".

A cela ajoutons une réalisation digne des meilleurs clips : montage elliptique, accélération intempestive de l'image et nappes de synthétiseur pour signaler le danger de la situation à venir.

Le film sera au moins apprécié des fans du genre et des adolescents qui pourront flirter avec leur petite copine en l'enlaçant dans les moments difficiles.

Quand à la suite de "Saw", on sait, par expérience, que le numéro deux est synonyme d'échec. On a donc peur. Peut-être plus que lors du film...

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