17 octobre 2019
Archives Critiques

Saw : La critique du film

L'histoire de la genèse de "Saw" donne a priori l'envie de lui donner sa chance. Que le système de production cinématographique soit depuis longtemps assujetti aux lois du marché plus qu'à celles de l'art, cela n'est plus à démontrer.

Alors quand le terreau sur lequel se développe un projet tient plus d'une dimension humaine que des considérations (pas forcément condamnables) de grands studios, on ne peut réprimer un élan de sympathie vers ce film. On se dit qu'après tout dans le monde du cinéma, c'est encore possible, avec assez de cœur et de ténacité,  de "bricoler" entre amis quelque chose qui aboutira.

Ainsi, James Wan et son ami Leigh Whannell, étudiants en cinéma australiens qui écrivent à quatre mains le scénario de Saw et trouvent l'idée de génie pour accrocher l'attention de producteurs américains : tourner la scène d'ouverture avec leur peu de moyens et la présenter à des mécènes tellement frustrés de ne pas connaître la suite qu'ils n'ont plus qu'une chose à faire, financer le film.

Malheureusement, pour "Saw", c'est peut-être là la seule véritable bonne idée du film. Le premier long-métrage de ces deux amis, par manque de maturité sans doute, ne sera qu'une suite de bonnes idées embryonnaires qui jamais ne seront actualisées.

Un exemple caractéristique en est le titre polysémique dont le scénario se borne à vouloir illustrer tous les sens possibles, tant et si bien qu'il ne fait qu'engager le spectateur sur des pistes qu'il doit immédiatement abandonner, au mépris de la cohérence du tout.

Aussi, pour en donner seulement deux exemples, on retrouve un pièce de puzzle (jig-saw), découpée dans l'épiderme d'une victime sans que cela ne serve l'histoire ou la psychologie de quelque personnage. Ou encore, on sent que le film veut faire jouer au regard un rôle important (saw est le passé de see (voir)) mais il ne se donne pas les moyens de traiter ce sujet autrement qu'en surface, de façon purement illustrative.

Et l'on touche ici à la plus grande déception du film : cette incapacité à prendre son sujet à bras le corps. Certes, il est très délicat, ce sujet : la réaction de l'Homme dans des situations intenables telles que choisir entre sa vie ou celle d'un de ses semblables. Mais c'est justement parce que le sujet est délicat qu'on ne peut qu'être plus exigeant envers un film qui prétend l'analyser.

En passant totalement à côté de la psychologie des personnages (exemple le plus flagrant : le personnage de Richard Donner), le film s'attarde et, plus grave, semble se complaire, dans les scènes paroxystiques de choix impossibles.

En s'extasiant de la mise en scène de l'horreur au mépris de tout ce sur quoi une telle horreur peut ouvrir, les deux australiens parviennent à rater leur premier film. A la fin, puisque le film s'alourdit aussi de ce ressort désormais inévitable du retournement de situation final, on a tellement jamais pu s'identifier à tel ou tel personnage qu'on se soucie peu de savoir, après tout, qui manipulait qui…

En choisissant la sobriété, une distanciation glaciale, Hanneke nous livrait il y a quelques années un film dont "Saw" se pense sans doute proche par le propos, mais qui, lui, faisait réellement froid dans le dos ("Funny Games").

Ce que Wan devrait sans doute retenir, à l'instar de son éminent confrère autrichien, c'est que monstration n'égale pas démonstration.  

Auteur :Benjamin Thomas
Tous nos contenus sur "Saw" Toutes les critiques de "Benjamin Thomas"

ça peut vous interesser

The Dead Don’t Die : La critique du film

Rédaction

Upgrade à gagner en DVD

Rédaction

Upgrade : Une vengeance à la Robocop

Rédaction