Critiques

Scream : Brutalement vôtre

Par Yaël Djender

Sans pour autant tomber dans l’écueil trop évident d’une nostalgie excessive, "Scream" fait du Scream. Et va même plus loin. Lumière sur le digne héritier du chef-d’œuvre de Wes Craven.

Jouer à un jeu n’aura que très rarement été si sanglant. Même au sein d’une saga passée spécialiste en la matière. Mais pourquoi se contenter d’être un simple slasher à l’heure où les ribambelles interminables de productions interconnectées agacent ? Après quatre volets forts en folies meurtrières, il était donc légitime de s’interroger sur la capacité des studios à se renouveler. Qu’allait devenir le masque de Ghostface après des épisodes trois et quatre ratés ? Et un plantage télévisuel presque passé inaperçu ? La question brûlait les lèvres de nombreux fans avides du whodunit le plus célèbre du cinéma d’horreur.

Manifestement, la réponse aura su se faire attendre. Plus de dix ans après le dernier film, le tueur au couteau est de retour dans ce que les plus tatillons verront comme une vraie-fausse suite. Un « requel », pour ainsi dire. Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett sont désormais à la réalisation. Brian Tyler se chargeant de la bande-originale. Autrement dit, l’objectif est clair. Il faut dépoussiérer un mythe pour lui offrir un public plus hétérogène (par extension plus large), à la fois néophyte et très aguerri.


Retour vers le futur

Dès les premiers instants de "Scream", il est flagrant que le spectateur ne s’apprête pas à assister à une énième séquelle redondante et ennuyeuse au possible. L’identité « Scream » est là, bien sûr. Mais la donne semble toutefois avoir changé. Si « on » joue toujours avec le serial-killer, il semblerait que le terrain de jeu se soit déplacé parallèlement au boom d’internet. Le crime se numérise. Nul adolescent isolé ne saurait échapper aux vices d’un meurtrier omnipotent dès lors qu’il est armé d’un smartphone. Plus rien ne lui résiste à l’ère des maisons connectées. Et celui-ci le fait rapidement savoir à sa première victime. Fort de l’instauration d’une ambiance angoissante (via une photographie bien sentie), cette scène introductive pose les bases d’un "Scream" nouveau. Et ça fait du bien !

La première (et plus grande force) du film réside donc dans sa volonté perpétuelle d’atteindre l’équilibre parfait scénaristiquement parlant. C’est-à-dire multiplier les références au passé sans omettre de se tourner vers l’avenir, à la manière d’un "Matrix : Resurrections" ou autre "Mad Max : Fury Road". Le mélange, souvent mis en pratique par un humour astucieusement pensé, prend bien. L’audience se délecte du retour d’anciens personnages. Elle prend aussi un malin plaisir à en découvrir de nouveaux. L’un ne se fait jamais au détriment de l’autre.

La bascule d’un slasher pourtant profondément ancré dans les années 90 vers le monde contemporain se fait dans la plus grande des douceurs. Exemple, s’il en fallait un, de cette volonté de conciliation très inédite. Les interactions entre les protagonistes n’hésitent pas à viser directement les faiblesses des précédents volets. Voire des films d’épouvante moderne en règle générale. C’est drôle. Cela a le goût certain d’un repentir, et ne manque pas de contribuer au capital amabilité du projet. Une réussite !

Le dépassement de fonction

Si "Scream" est si spécial, c’est bien parce qu’il se refuse à n’être qu’un bon film d’horreur. Il en devient par conséquent un bon film. Tout y est minutieusement pensé pour satisfaire le cinéphile exigeant. De la qualité des plans à celle de la bande-son et son usage, en passant par un implacable sens du détail : tout y est ! Aussi, il est plaisant de voir, qu’aujourd’hui encore, les réalisateurs peuvent faire d’une grosse production comme celle-ci le véhicule d’une direction artistique claire. Non pas que le film casse véritablement les codes, mais il est marqué par la patte de ses auteurs. À l’aune d’un formatage toujours plus important de la famille des blockbusters, cette avancée est à valoriser. Et est par ailleurs lourde de sens. Un petit pas pour le genre, mais un grand pas pour la pop culture ?

Toutefois, si la saga comporte désormais un joli ajout du point de vue artistique, il paraît difficile d’en dire autant lorsqu’il s’agit de parler de l’aspect horrifique. Il tient du bon sens que d’affirmer que les crimes d’un tueur muni d’un couteau n’effraient plus tant que cela lorsque les démons parcourent le monde comme dans "Conjuring" ou que "Saw" relate que la torture peut y devenir monnaie courante. Le côté « jumpscare », bien que finement utilisé par intermittences, n’a, quant à lui, que trop peu d’impact tant il peut s’avérer prévisible. La dure réalité du temps qui passe, et de la « glorification » du genre, frappe indéniablement le film en pleine face. Mais celui-ci ne tombe pas pour autant, et délivre des scènes de meurtres solidement construites pour pallier à ses propres manque. Voilà qui est bien joué.

"Scream" s’impose donc comme l’un des meilleurs volet de cette pentalogie grâce à des initiatives visuelles et scénaristiques louables. Tout y est réglé comme du papier à musique, et la prise très au sérieux du projet par les équipes qui en étaient chargées transpire de son contenu. Sans jamais avoir la prétention de coudoyer l’œuvre originale de Wes Craven, il lui rend un bel hommage et risque bien de donner un second souffle à un récit en fin de cycle depuis près de vingt ans. Rafraîchissant, n’est-ce pas ?

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