21 octobre 2019
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Se souvenir des belles choses : La critique du film

Critique du film Se souvenir des belles choses

par Alessandro Di Giuseppe

"Se souvenir des belles choses" est un film sur la mémoire. C'est aussi et surtout une formidable histoire d'amour. Les deux thèmes y sont intimement liés. Ne serait-ce que dans le titre, magnifique : se souvenir, urgence qui évoque la douleur de la perte de conscience et ce rattachement désespéré aux choses qui comptent ; alors, tant qu'à faire, oui, se souvenir des belles choses.

"Se souvenir des belles choses" se divise ainsi en deux parties, deux lieux aussi. Celle qui tourne autour de la mémoire, de ces personnages, ces malades au mondes intérieurs singuliers, qui évoluent au sein d'un institut dont l'approche clinique reste toujours humaine.

Puis, la deuxième partie, forcément plus intime, puisque l'on entre dans la vie de couple de ces deux êtres marqués à vie et dont l'amour, recommencement illusoire ?, ressemble à un parcours du combattant à l'issue quasi certaine, dictée d'avance.

D'aucuns y décèleront un petit côté téléfilm France 2 précédant un Ca se discute spécial Alzheimer. Mais peut-être est-ce dû à la présence d'un excellent Bernard Lecoq, trop rare sur grand écran, ou un sentimentalisme pourtant nuancé par la justesse des personnages : patients ou paramédicaux, ils affichent sous leur gentillesse communicative des doutes et leurs impuissance, leurs faiblesses.

C'est l'occasion, au risque de s'égarer, d'émettre le souhait de voir plus de téléfilms qui méritent leur place au cinéma, et pas seulement à l'initiative d'Arte (qui produit des œuvres admirables, ensuite appréciées au cinéma, comme "Le Péril Jeune" de Cédric Klapish). Si un estampillage côté téléfilm peut s'avérer péjoratif, il faut néanmoins accorder au premier film de Zabou Breitman la place qu'il mérite sur grand écran.

En nous offrant des scènes d'une beauté formelle quasi picturale, et tour à tour de petites scènes charmantes, drolatiques, tendres et émouvantes, Zabou Breitman démontre des talents de réalisation étonnants.

Sa manière de filmer des détails anodins comme des scènes douloureuses ou tendues force l'admiration. On pense à "Nationale 7", un petit film récent passé plutôt inaperçu, qui traitait déjà, sous une autre forme, de l'amour tabou chez les handicapés. On y décelait, comme dans "Se souvenir des belles choses", un réel talent à capter la poésie, la drôlerie et le drame du quotidien de ces êtres « différents ».

Ajoutons au crédit de "Se souvenir des belles choses"  une superbe musique, et surtout une excellente distribution : à commencer par Isabelle Carré, qu'on peut déjà considérer comme une valeur sûre du cinéma français ; Bernard Campan, cet « Inconnu » qui fait ses débuts réussis dans un registre plus grave (accordons-nous quelques autres films de ce genre pour mieux distinguer le Campan sérieux du Campan parodique) ; sans compter Bernard Lecoq, Dominique Pinon et une kyrielle d'acteurs, confirmés ou non.

Et si nous devions nous souvenir de belles choses en cette année 2002, le premier film de Zabou Breitman ferait partie de ces bons moments cinématographiques.

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