24 octobre 2020
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Secret Défense : La critique du film

Comment réaliser un film sur les services secrets français à la hauteur des grands films d'espionnage américain, tout aussi efficace mais néanmoins innovant ? Enorme dilemme auquel a dû faire face Philippe Haïm, le réalisateur de "Secret Défense" (distribué par UGC). Eh bien, malgré les efforts considérables de documentation, la présence de spécialistes du monde arabo-musulman (Malek Chebel, Antoin sfeir..) et de la DGSE (Jean-Pierre Lasserre..) sur le tournage répondant à un constant souci de vraisemblance, il ne parvint pas à se détacher ni à nous faire oublier les sources cinématographiques et télévisuelles dont il s'inspire.

Au fur et à mesure du film, un autre se constitue dans nos têtes qui élude le premier : on pense à des séries comme "Alias" dans cette façon surréaliste et saccadée de nous faire voyager, comme "Oz" durant les scènes carcérales infernales, comme "24" face à la vivacité fiévreuse du cadrage et du montage, on se remémore des films comme "Syriana" quand on se retrouve téléportés au moyen-orient, et l'embrigadement de Diane par la DGSE évoque Colin Farrell et Al Pacino dans "La Recrue". Et ces parallèles se font spontanément et au détriment total du film, car le traitement de la guerre secrète que se livrent les services secrets français et les réseaux terroristes 24h sur 24 a beau être un sujet original, le fait est que l'histoire de fond ne l'est pas du tout et la mise en scène "grand public" encore moins.

Cette absence d'authenticité nuit considérablement à un scénario qui se veut réaliste : on a beaucoup de mal à croire au personnage de Diane dilettante, expédiée, dans un claquement de doigts, à l'autre bout de la planète pour une mission extrêmement dangereuse orchestrée par un Gérard Lanvin unidimensionnel et piètrement sinistre ainsi qu'à la manipulation à laquelle les terroristes et la DGSE ont recours, propos pourtant principal du film. Et c'est sans compter sur une scène d'amour des plus caricaturales et la musique guimauve qui l'accompagne...

"Tant que tu n'as pas vendu ton âme au diable, le diable essaiera de te l'acheter". "Secret Défense" est à l'image de cet avertissement commercial liminaire : poussif, conformiste et un tantinet ridicule. C'est seulement durant le dernier quart d'heure du film que semble apparaître un récit plus intimiste aux rebondissements inattendus lorsque la caméra cesse de courir et que les propos se matérialisent. Le désir du réalisateur de créer "un film sur des être humains dans le cadre d'un film d'espionnage" s'exauce enfin, mais trop tard, on s'est trop ennuyés, et la projection terminée de "Secret Défense" on veut vite, l'oublier.

Auteure :Fatima Bourhimi
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