Critiques

Seul sur Mars : A voir en cas de jour pluvieux

Matt Damon, c'est un chouette gars.  Le genre à épouser une de ses fans. A ne pas être trop vexé si vous le confondez avec Mark Wahlberg. Et qui a dans la vie plusieurs passions. La danse bien sûr, où il peut dévoiler tout son talent dans le show d'Ellen Degeneres. Et puis se perdre sur des planètes dans de lointaines contrées. Se paumer une fois dans "Interstellar" lui a donné des idées. Le film, réalisé par un petit génie à peine connu, un certain Ridley Scott, n'aura pas le droit à un tendre traitement si on en croit le bashing qu'il subit depuis l'été. Et oui, n'est pas Aladin et ses notes truquées qui veut ! Au Quotidien du Cinéma, on est pas comme ça. Faisons table rase du passé et jugeons le film pour ce qu'il est, tel un premier long.

Autant le dire d'entrée. "Seul sur Mars" n'a pas la trempe d'un "Alien" ou de "Blade Runner". Mais n'est pas non plus au niveau catastrophique de "Prometheus". Merci Seigneur. Pour autant, le réalisateur déçoit terriblement. Le synopsis proposait pourtant un formidable potentiel. On s'attendait à un huis clos fantasmatique, avec ce que l'ami Ridley sait faire de mieux. Des couleurs sombres, un bras de fer inégal et terrifiant entre l'homme, si petit et vulnérable, face à l'immensité d'un espace indomptable. Il n'en sera rien. Ridley Scott penche ici pour des couleurs réalistes, préférant filmer Mars « en journée » plutôt qu'en virée nocturne.

Ne tremblez pas, amis cardiaques. Ce n'est pas avec ce film que l'AVC vous guète. Pas une seconde, non pas une, on ne s'inquiète pour le sort du personnage principal, Mark Watney. Même chose pour son équipage. Il faut dire que le film étant tiré du bestseller d'Andy Weir, le suspens était niveau zéro. Bien sûr, on pouvait toujours espérer une prise de liberté. Mais contrairement à "Alien" ou d'autres, l'optimiste très manichéen règne sur la totalité du film. Et quand on est aussi grognon que moi, s'en est presque agaçant.

Côté casting, Matt Damon s'en sort honorablement. Difficile de juger le reste de l'équipe, pourtant dotée de jolies têtes d'affiche. Jessica Chastain, Kate Mara, Jeff Daniels… Les amateurs de "House of Cards" ou "The Newsroom" vont vite déchanter. Totalement sous-exploités, ils font partie intégrante du background et ne servent qu'à faire avancer le récit presque initiatique du héros. Avoir Jessica Chastain dans la distribution et ne la faire apparaître que vingt minutes à l'écran c'est une honte, Ridley. Tu m'entends, une honte !

Enfin, dernier bémol et pas des moindres. Le genre du film. Drame ? Comédie ? Action ? Cette épopée jongle avec les genres mais comme chacun le sait, personne ne gagne au jeu de la chaise musicale le cul coincé entre deux tabourets. Les scènes de mise en danger sont courtes, bien rythmées et ce dès l'ouverture mais ne marquent pas franchement, même avec la 3D. Les scènes plutôt orientées comiques sont très moyennes et arrivent tant bien que mal à nous faire esquisser un sourire, autant par faiblesse que par fatigue, notamment avec le gimmick de la musique disco (oui je l'avoue, je suis une grande fan d'ABBA). Cette absence de choix se justifie assez aisément. De toute évidence, le réalisateur craignait le film totalement noir à la vue de ses récents échecs. Alors pourquoi ne pas se plonger totalement dans l'interstellaire comédie, le ballet intergalactique ? Si avec "Alien" dans l'espace personne ne pouvait nous entendre crier, on ne risque pas non plus de nous entendre rire.

Avec "Seul sur Mars", on échappe à la catastrophe annoncée et suggérée depuis la toute première bande-annonce. Bilan, un divertissement plutôt chouette mais franchement pas inoubliable. A voir en cas de jour pluvieux.
Auteure :Mélissa Chevreuil
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