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Seven swords : Critique n° 1

Depuis quelques années, nous avions quelque peu perdu de vue Tsui Hark, réalisateur phare de la nouvelle génération de cinéastes Hongkongais du début des années 80. Ses deux derniers films ayant pu bénéficier d'une sortie dans nos contrées, « Time and Tide » (2000) et « La légende de Zu » (2001), étaient sortis de manière confidentielle. Si a cela on rajoute ses deux expériences américaines malheureuses, « Double Team » (1996) et « Piège à Hong-Kong » (1998), nous attendions véritablement de revoir un film de Tsui Hark depuis 1995 et la sortie de ses extraordinaires « The Blade » et « Le Festin chinois ». C'est dire les attentes que pouvaient susciter ce « Seven Swords » et force est de constater qu'elles sont comblées en très grande partie.            

Depuis quelques années, nous pouvions découvrir un certain nombre de films de sabres tels que « Tigre et Dragon », « Hero » et autres « Poignards volants ». Cependant, ces films, de par leur onirisme poétique quasi-mystique, ne s'inscrivaient pas véritablement dans la grande tradition du film de sabre chinois, le wu xia pian, initié principalement dans les années 70 sous l'égide du fameux studio de la Show Brothers. Souvenez-vous, c'est entre autre à ces films que Tarantino a rendu hommage avec ses « Kill Bill ». « Seven Swords », en se différenciant très nettement de « Tigre et Dragon » et consort, retourne donc aux sources du film de sabre, aux sources du wu xia pian.            

« Seven Swords » est donc une histoire manichéenne au possible, vu cent fois au cinéma et dans laquelle un village va faire appel à sept combattants, ou plutôt à leurs sabres tous différents les uns des autres, pour les défendre contre l'attaque prochaine des troupes de l'empereur. Ce dernier a en effet décidé d'exterminer toutes les personnes pratiquant les arts martiaux, dorénavant interdits dans cette Chine moyenâgeuse et envoie pour ce faire le cruel général Ravage. Cette nouvelle version des « Sept samouraïs » vaut assurément bien plus que le simplisme de cette trame initiale. A commencer par sa mise en scène, évidemment le point sur lequel le film est le plus attendu. Elle est fulgurante, magnifique le plus souvent. Contrairement aux films de sabre préalablement cités, les personnages ne vont pas se mettre à s'envoler sur les cimes des forêts de bambous, ne se déplaceront pas sur l'eau plus légèrement qu'une feuille. Ici les prouesses physiques, sans doute parfois aidés de câbles tout de même, sont nettement plus réalistes, plus brutes. Le film alterne, dans ses scènes de combats, entre des plans absolument somptueux et, malheureusement, quelques-uns peut-être moins maîtrisés, un peu plus brouillons. Loin de moi l'idée de vouloir faire la fine bouche devant ce spectacle jouissif pouvant faire pâlir de jalousie l'écrasante majorité des réalisateurs d'action-movies américains, il n'empêche que nous avions tout de même le souvenir d'un « The Blade » un peu plus maîtrisé. Cependant, rien que la scène de combat final dans un couloir étriqué nous laisse tellement le souffle coupé, que nous serions prêt à lui pardonner bien plus que ces quelques errements de mise en scène.

Toutefois, « Seven Swords » dure presque 2h30 et évidemment, il n'y a pas 2h30 de combats. Il y a aussi une histoire, certes classique, mais traitée avec beaucoup de subtilité et de profondeur. La réflexion sur le respect d'une tradition culturelle personnelle qui aujourd'hui s'oublie dans le développement économique effréné de la Chine est en cela particulièrement bien venue. Le film de Tsui Hark se veut ainsi être un retour aux sources. Retour aux sources du film de sabre traditionnel, mais également, plus largement, de la tradition culturelle qui lui semble sans doute se perdre.            

Peut-être pourra t-on regretter une histoire un peu complexe (en même temps, les films asiatiques dans lesquels notre œil occidental comprend tout ne sont pas légion). On regrettera surtout que le film ne soit en fait pas plus long. A l'origine, il durait quatre heures. Hark est parvenue à le réduire à sa durée actuelle mais cela ne va pas sans des coupes qui se font tout de même sentir dans ce montage final. La présentation des personnages est par exemple étrangement accélérée et nous aurions apprécié de passer un peu plus de temps sur la Montagne Céleste. En fait on sent largement que Hark a été passionné par son histoire. Sans doute s'est-il laissé emporter et a dû revenir à une dure réalité dans sa salle de montage. Néanmoins, lui qui a produit la totalité et réalisé une grande partie des « Il était une fois en Chine », qui semble apprécier les suites de films (« Le syndicat du crime 3 », « Histoires de fantômes chinois 3 », « Black Mask 2 »), peut-être nous fera t'il bientôt l'agréable surprise de nous en dire plus sur ces sept combattants et sur leurs sabres.

Auteur :Loïc Gourlet
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