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Shame : La face cachée

Beau gosse au profil professionnel exemplaire, impeccable sur lui il est un séducteur confirmé. En apparence, le héros de "Shame" a réussi sa vie, mais le réalisateur Steve McQueen s'intéresse surtout, à travers Brandon, à la face cachée des addicts au sexe. Brandon a une routine bien établie. Masturbation le matin, métro puis boulot avec des pauses sites pornos puis de nouveau le métro avant une sortie en boite pour l'aventure du soir et sinon la prostituée habituelle. De quoi avoir le sommeil tranquille pour tout accro au sexe. La séduction est pour lui comme un jeu, le désir est un moteur offrant une puissance jouissive.

Première étape : Dans le métro, il soutient le regard d'une jolie rousse, la séduit, la désire jusqu'à les suivre en sortant de la rame. Il mène la danse. C'est son quotidien, sa solitude aussi, sa prison. Dans son petit appartement classe, Brandon est enfermé dans son addiction et il s'en accommode. La solitude de l'homme moderne trouve ici une pleine expression.  La routine amène un certain confort. Quelles que soient ses bonnes ou mauvaises habitudes, elle a toujours un aspect rassurant. Aussi bien, lorsque Brandon voit débarquer sa sœur dans son appartement, c'est une intrusion nocive dans son espace, un témoin révélateur de conscience. Face à ces nouvelles contraintes naît l'évidence d'un besoin, d'un manque même. C'est la phase de la lutte psychologique, entre la prise de conscience d'une addiction, ce besoin qui se transforme en pulsions et le regard des autres. L'ambiance devient plus froide, plus aseptisée, mais toujours soignée. Sans aucun doute la partie la plus intense de ce long métrage. Steve McQueen torture son personnage avec l'arrivée de personnages secondaires bouleversant totalement la routine de son héros. De la sœur qui est l'opposée de son frère à la collègue de boulot, adepte des relations stables, qui égratigne un peu plus la conscience de Brandon en passant par la ville de New York elle-même, porte ouverte à tous les vices obscurs. Steve McQueen emmène son personnage vers l'implosion.

Deuxième étape : Dans une errance nocturne à la recherche d'un moyen d'assouvir ses pulsions envers et malgré tout, il trouve refuge chez une prostituée pour atteindre l'orgasme, perdu entre spasme de plaisir et cris de honte et de souffrance. 
Micheal Fassebender montre ici tous les échos d'un investissement total, corps et âme, et justifie son succès grandissant à Hollywood. Le regard, le physique, l'attitude… c'est un rôle qui fera date dans sa carrière. Seul le résultat est montré sans s'intéresser à la cause. C'est l'angle choisi par Steve McQueen pour aborder ses personnages. Seuls leur état actuel et ses conséquences l'intéressent. Cela laisse un petit regret, tant il aurait été intéressant d'en apprendre un peu plus sur le passé du héros, les sources de cette addiction ou de cette fraternité dysfonctionnelle. Le résultat et ses conséquences, mais après ?

Troisième étape : Il retrouve dans le métro la jolie rousse. Du regard elle semble encore ouverte à la séduction. L'issue semble évidente et son regard à lui est toujours soutenu vers elle… "Shame" expose la face cachée d'une addiction taboue de manière chronique pour mener vers un drame humain perfectible, mais honteusement intéressant. 
Auteur :François Bour
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