24 septembre 2021
Critiques

Shang-Chi : Un Marvel pas comme les autres

Par Yaël Djender

« Shang-Chi », le long-métrage de Destin Daniel Cretton, ambitieux mélange de tradition et de modernité, étonnant ensemble « réalisto-fictif », ravira aussi bien le fan invétéré de justiciers costumés que le plus grand des passionnés d’arts martiaux. Anatomie d’une réussite.

Et si Marvel, la merveilleuse Maison des Idées née société de bande dessinée, puis devenue rouleau compresseur de l’industrie du cinéma, se muait aujourd’hui en porte-drapeau de l’inclusion des minorités sur grand écran ? Souvent raillée pour son manque d’approfondissement scénaristique, et qualifiée de « parc d’attractions » par le maître Martin Scorsese, la firme américaine semble toutefois bien seule au monde au banc des studios hollywoodiens valorisant une bonne fois pour toutes les « oubliés » du septième art.

D’abord avec «Black Panther », puis « Black Widow » et aujourd’hui avec « Shang-Chi », les petits protégés de Kevin Feige ont su mettre un terme à l’allégorie irréaliste selon laquelle le superhéros du peuple serait un grand homme blanc et américain. C’est à ce choix courageux que l’on doit aujourd’hui l’existence de personnages de tous horizons ethniques, religieux et sexuels. Mais poser sur ce film la seule étiquette d’un combat social serait une grossière erreur, tant il regorge de qualités purement cinématographiques.

Casser la monotonie...

Avec un aspect visuel d’une certaine beauté, et surtout d’une originalité bienvenue, « Shang-Chi » s’émancipe dès ses premiers instants de la routine esthétique qui s’est installée dans le genre depuis quelques années. Fort d’un alliage culotté, mais réussi entre les légendes chinoises et l’Amérique d’aujourd’hui, le film se situe – comme son principal protagoniste – à la lisière de deux mondes qui ne partagent que trop peu de points communs. Des imposants gratte-ciel de San Francisco aux temples les plus majestueux de la cité de Ta Lo, il n’y a ici qu’un pas.

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Simu Liu - |Copyright Disney © Disney•Pixar © & ™ Lucasfilm LTD © Marvel

Ces disparités culturelles virent à l’équilibre, voire à une certaine homogénéité, grâce à notre héros du jour, qui les condensent en brisant les tabous qui ont marqué les relations historiques de ces deux blocs. Il en résulte un film décomplexé et jamais lassant pour nos yeux qui, s’il ne sont pas constamment ébahis par ce qui se déroule devant eux, peuvent toujours apprécier les détails dissimulés à l’arrière-plan. Car les décors sont, eux aussi, construits d’une manière qui leur permet d’attirer l’attention de tout un chacun quand même le scénario n’y parvient pas. Cependant, toute cette grandiose entreprise ne pourrait vivre sans la maîtrise photographique de Destin Daniel Cretton, qui s’éloigne ici des standards de Marvel, et nous permet d’entrevoir un avenir radieux pour nos justiciers des salles obscures.

Autre axe de travail intéressant du long-métrage, la bande-originale de Joel P. West partage aussi ses influences sonores entre l’Orient et l’Occident, synchronisant le rap le plus rythmé et la douceur de la musique traditionnelle chinoise dans un cocktail acoustique par lequel on se laisse étonnamment attraper. C’est un vrai petit plaisir dont on se délecte sans modération pendant deux heures. Mentionnons enfin la relative liberté des dialogues qui, par l’autodérision notamment, parviennent à réconcilier pour un temps deux peuples souvent noyés par les préjugés…

… Pour initier le renouveau.

La grande et heureuse surprise de « Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux » réside dans son casting : acteurs de sitcom pour les uns, étrangers aux feux de la rampe pour les autres, tout ce beau monde se révèle digne de la tâche qui lui a été confiée en se montrant très clairement convaincante bien qu’à contre-emploi.

Ce n’est pas la première fois que le studio procède de la sorte (rappelons que les frères Russo, illustres réalisateurs d’Avengers : Endgame, sont eux-mêmes issus du monde de la sitcom), mais il est toujours intéressant de relever ces détails, signes de l’immense confiance placée par la Maison des Idées en ses comédiens. Mention spéciale au trio de tête (Simu Liu, Tony Leung et Awkwafina), qui livre des performances aussi encourageantes qu’elles sont différentes les unes des autres.

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|Copyright Disney © Disney•Pixar © & ™ Lucasfilm LTD © Marvel

Mais le point sur lequel nous attendions ce long-métrage au tournant est bel et bien l’exécution des scènes de combat les plus folles, dont les différentes bandes-annonces nous avaient vanté les mérites pendant des mois. Il est tout à fait entendu que le service promotion d’un projet, quel qu’il soit doit prêcher pour sa paroisse, mais force est de constater qu’ici, la publicité n’était pas qu’une propagande mensongère : l’action est tout simplement bluffante. Chaque recours aux arts martiaux se vit comme de la poésie en mouvement tant le travail chorégraphique semble abouti et millimétré. L’astucieux usage des ralentis évite que tout ne se passe trop vite, mais n’est pas excessif de manière à ce que l’on puisse tout de même profiter des techniques à « vitesse réelle ». Les amateurs de films d’action seront aux anges.

Seul petit bémol dans cette parenthèse enchantée, l’avalanche d’effets spéciaux semble par intermittences pesantes et inutiles. Ce problème est surtout à mettre en exergue dans le dernier acte, qui souffre affreusement de son format presque entièrement numérique. Ajoutons à cela un scénario parfois inconscient de ses propres forces, qui cause des irrégularités de rythme quelque peu désagréables, et nous obtenons la courte liste des défauts majeurs de ce blockbuster, trop peu nombreux pour faire pencher la balance de leur côté.

« Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux » est par conséquent une fresque hybride et inédite, qui n’hésite pas à jouer de son statut d’outsider pour introduire de nombreuses et séduisantes nouvelles idées dans une machine super-héroïque hollywoodienne trop bien rodée pour continuer à être efficace. Il se convertit, au-delà de cela, en un fer de lance de l’intégration des populations asiatiques au cinéma moderne, et constitue un bel hommage aux pionniers de ce combat.

En évitant de s’encombrer de trop nombreux clichés, le film poursuit ce qu’à fait « Black Panther » trois ans avant lui et offre de belles perspectives d’avenir aux studios Marvel et à leur public. Cet optimisme apparaît plus que légitime, tant nos craintes ont été balayées en bloc par celui qui se fait appeler « maître des arts martiaux ». Quand est-ce qu’arrive la suite, déjà ?

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