22 janvier 2020
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Sherlock Holmes : Une belle prise de risque !

On peut avoir l'impression que ça fait des siècles que ce bon vieux Sherlock n'a pas fait des siennes sur grand écran… Et en cherchant un peu, on se rend compte qu'on n'est pas très loin de la vérité ! Il semblerait en effet que sa dernière incarnation – sous les traits de Michael Caine quand même – date de près de 22 ans ! C'était en 1988 et cela s'intitulait "Élémentaire mon cher… Lock Holmes". Pour ceux qui auraient oublié celui-là mais qui restent tout de même de grands nostalgiques des 80's movies (dont je peux me vanter de faire partie), le dernier souvenir du détective au drôle de galurin est peut-être cette production Spielberg qui s'intéressait à sa jeunesse : "Le Secret de la Pyramide" (1985). Le succès commercial ne fut pas vraiment au rendez-vous mais déjà à l'époque, on a bien compris que le personnage a été observé à la loupe et montré en long, en large, et en travers.

Donc aujourd'hui, il semble logique de se détacher de ses codes et autres tics inhérents. Un énième jeu de pipe sur costume à carreau, ponctué par la même phrase-rengaine qui rabaisse le médecin complice, aurait eu autant d'intérêt que de faire un remake de "Seven" avec Christophe Lambert (comment ça ils l'ont fait ?! Souvenez-vous de "Résurrection" de Russell Mulcahy...). Tout ça pour dire que si vous êtes fan du Cluedo et que vous visionnez régulièrement vos cassettes sur lesquelles figurent les 12 saisons d'"Arabesque", vous risquez de crier au scandale…

Mais attendez avant de ruer dans les brancards, il se peut que ce soit une bonne nouvelle ! Si ce "Sherlock Holmes" est si attendu, c'est justement parce qu'il ne ressemble pas à tous les autres ! On n'aurait jamais imaginé Robert Downey Junior dans la peau de l'enquêteur british et encore moins le réalisateur Guy Ritchie pour lui dérouler le tapis ! Plutôt excitant, mais aussi très risqué de jouer de la sorte avec un mythe…

Alors est-ce qu'à la manière du Brad Pitt de "Snatch", le personnage emblématique s'en prend plein la tronche pour mieux se relever derrière ? Ou reste-t-il justement… au tapis ? Les premières minutes nous plongent dans l'arène et nous collent un uppercut : de l'adrénaline, du punch et du style. On se fout de l'histoire pour le moment, on a juste compris qu'ils avaient gardé l'essence du personnage : son sens imparable de la déduction.

Après une ouverture qui ressemble étrangement à un final, le duo Holmes-Watson nous est déjà familier. Et c'est cela la grande réussite de cette nouvelle version. En effet, le spectateur entrevoit déjà une série de films avec ce tandem, qui apparaît alors aussi évident que le Mel Gibson/Danny Glover de "L'Arme Fatale". Les personnages sont modernisés, Watson n'est plus un faire-valoir, et les traits de caractère oubliés du vieux Holmes ressurgissent : cynique, célibataire endurci un tantinet misogyne, élégant mais négligent, obnubilé par son travail même dans la débauche, adepte de boxe et de bartitsu (art martial de défense développé en Angleterre)…

Donc non, ce n'est pas Guy Ritchie qui a fait de Holmes un cogneur ! Graphiquement, la direction de la photographie éclaire les rues de Londres d'un nouveau jour (les plus observateurs d'entre vous, reconnaitront peut-être le travail de Philippe Rousselot, abonné aux derniers Burton). Le ton est plutôt juste, renforcé par une B.O. agréable et folklorique. Le mode de narration apparaît, quant à lui, comme une force mais aussi la principale faiblesse. En effet, Le spectateur est témoin des indices que le détective récolte mais ne comprend rien. Cela n'est pas gênant dans la plupart des scènes puisqu'elles sont soit teintées d'humour, soit boostées d'action pure. Mais sur 2h08, il arrive que Sherlock Holmes se retrouve sans le docteur Watson (donc moins d'humour), en train de parler avec d'autres protagonistes qui font avancer son enquête (donc moins d'action), ce qui rappelons-le, n'intéresse que très peu le spectateur qui, de toutes façons ne comprendra qu'à la fin du film. C'est une faiblesse dans le sens où l'on observe quelques longueurs. C'est une force, car fidèle au processus de réflexion du personnage : à savoir l'observation des indices, l'induction et la synthèse logique.

L'intrigue, aux frontières des sciences occultes, et donc du fantastique, trouve son meilleur atout dans le dernier quart, lorsque les révélations commencent à tomber. A ce titre, le dernier (petit) bémol est incarné par le méchant de service, sorte d'Andy Garcia au rabais qui se prend pour Dracula, même si le début semblait prometteur. Alors oui, il y a quelques problèmes de rythme, mais il y a surtout une belle prise de risque, parfaitement assumée et portée par ce duo de choc du XIXème ! Non, il n'y a pas de chapeau ridicule ni de phrase toute faite pour introduire une explication en trois temps, mais il y a une petite claque derrière la tête qui donne bêtement le sourire. C'est bien ce qu'on était venu chercher, non ? 
Auteur :Davy Girard
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