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Shooter tireur d’élite : Critique

Spécialiste du film d'action viril, Antoine Fuqua a signé quelques blockbusters recommandables pour l'industrie hollywoodienne. Ses détracteurs le placent pourtant au niveau d'un Michael Bay période "Pearl Harbor" en pointant les dérives patriotiques des "Larmes du soleil". Un point de vue tout à fait réducteur si on considère la version longue disponible en DVD où Fuqua dévoile un montage refusé pour l'exploitation salle et qui transforme radicalement la portée du film. Mais le réalisateur du "Roi Arthur" (une production Bruckheimer par ailleurs assez sous estimée) a décidément d'autres cordes à son arc et il tente de le prouver avec "Shooter", un film d'action certes balisé et prévisible mais qui tape dur sur l'Amérique pro Bush. Alors si la presse cinéma a raison de mettre en évidence les maladresses évidentes du projet, les intentions restent méritoires et le film diablement divertissant.

S'il fallait définir "Shooter" sans trop en dévoiler, on pourrait parler d'une version modernisée du premier "First Blood", une référence plutôt encourageante. John Rambo est remplacé par Bob Lee Swagger et la guerre du Viet nam par la guerre au Moyen Orient. Toutefois, le sous texte est le même puisqu'aux lendemains des combats, les héros de l'Amérique ont la gueule de bois. Le pays les a trahi. Les puissants, vils et corrompus, ont menti sur toute la ligne. Utilisé, abandonné (comme dans "Rambo 2", Wahlberg et son coéquipier sont laissés aux mains de l'ennemi), les machines de guerre de l'Oncle Sam  font grise mine jusqu'à ce que les méchants républicains franchissent le limite : « Tu comprends pas mec. Ils ont tué mon chien. PUTAIN CA VA ETRE UN BAIN DE SANG. » Et quand Mark Wahlberg s'énerve, les hémorragies ont effectivement tendance à se multiplier.

En bon spécialiste des fusillades en tout genre, Antoine Fuqua emballe avec une réelle efficacité la quête vengeresse de Swagger. De la scène d'intro jusqu'au siège final, les nombreux combats sont non seulement spectaculaires mais restent suffisamment crédibles pour que le spectateur s'accroche à son fauteuil. Ainsi, la fuite du personnage principal, blessé et cerné par toutes les agences recensées aux USA, constitue un vrai morceau de bravoure cinématographique grâce à une mise en scène qui quadrille parfaitement tous les points de vues de la poursuite.

Antoine Fuqua trouve en effet un équilibre salutaire entre plans d'ensemble et un montage plus heurté sans jamais donner l'impression de faire du sous Rob Cohen. Signe caractéristique du cinéaste, on retrouve une photographie particulièrement soignée et une maîtrise impressionnante du format cinémascope. Autre aspect appréciable dans un genre trop souvent pollué par les mauvaises images de synthèse : la discrétion des effets numériques utilisés avec parcimonie pour ne pas saper le réalisme des scènes d'action.

Alors, bien sûr, les mauvaises langues ne manqueront pas de pointer les facilités d'un scénario marqué par les clichés du cinéma bourrin : Mark Wahlberg se bat effectivement très bien avec une balle dans le bras. Ses facultés de guérison peuvent clairement paraître surhumaines. Les personnages féminins sont également très caricaturaux. Quant aux dialogues, ils ne sont pas toujours un modèle de subtilité. Et les vilains méchants républicains qui fument des cigares en assassinant des gens sur commande peuvent prêter à sourire. Mais, pour peu que l'on accepte les règles du genre, "Shooter" est une vraie bonne série B bien foutue et très divertissante. 

Auteur :Frédérick Lanoy
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