26 février 2021
Critiques

Shutter Island : Critique

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, la nouvelle collaboration entre Martin Scorsese et son acteur fétiche Leonardo DiCaprio était attendue. Le résultat est plus que troublant. Il faut tout d'abord retracer l'histoire de la relation entre ces deux hommes pour bien comprendre ce qui nous amène à "Shutter Island", car la chose n'est pas si anodine.

En 2002, DiCaprio se voit offrir sa première collaboration avec Scorsese, auteur d'un certain "Taxi Driver" avec Robert de Niro, deux points qui ont marqué la jeunesse de DiCaprio, à tel point que celui-ci se lance dans le cinéma. Cette collaboration, c'est l'éblouissant "Gangs of New York", une saga historique en plein New York représentant la naissance d'un monde nouveau et d'un melting-pot. Aux côtés de Daniel Day-Lewis, il incarne un jeune encore bien timide. En 2004, pour "Aviator", il propose à Scorsese de se pencher sur la biographie d'Howard Hughes, le pionnier de l'aviation, où il incarne une figure glamour.

En 2006, c'est au tour du polar d'entrer dans la gamme de l'acteur, avec "Les Infiltrés", aux côtés d'un glaçant Jack Nicholson. Chacune des prestations de DiCaprio est symbolique, dirigé d'une main de fer par un grand cinéaste, en la personne de Scorsese. Ce dernier ne fera pas de DiCaprio une star, les médias s'en chargeront, il va juste révéler ses talents. "Shutter Island" fut incontestablement le tournage le plus éprouvant pour la vedette de "Titanic", qui le dit lui-même. Mais même ce tournage n'est pas du au hasard. Il va en baver autant que son personnage va voir son esprit torturer dans le film.

Dans "Shutter Island", Martin Scorsese montre tout son génie à manipuler Leonardo DiCaprio, à puiser au plus profond de l'acteur. On pourrait presque parler de masochisme. Son personnage est hanté par de nombreux éléments : ses fantômes du passé sont à la fois sa femme (décédée dans un incendie), son passé de militaire (et notamment dans la libération du camp de Dachau), les peurs de l'époque (les bombes atomiques, le communisme, la folie).

Shutter Island est le lieu final en quelque sorte. Cet endroit est très vite assimilé à un camp nazi à l'américaine, avec le même fonctionnement, les même expériences horribles. Définitivement, cette île sera le lieu où Teddy Daniels, ce marshal décoré, va devoir faire face à ces démons qui ressurgissent. Le film le montre bien, à sa manière (quitte à ne pas plaire au spectateur), grâce à des aller-retours entre le passé, le présent et le rêve (ou plutôt le cauchemar ici).

Ces scènes (ou phases si on n'est pas d'accord avec la façon de présenter les choses de la part de Scorsese) peuvent apparaître complètement folles, au risque de déstabiliser le réalisme du film. Elles ne sont pas non plus anodines. Au cours du film, un prisonnier s'adressant à Daniels lui dit qu'il est comme un « rat » dans un « labyrinthe. Ce passage résume parfaitement le film et le personnage de DiCaprio. Il est enfermé dans un labyrinthe où ses démons ne cessent de le tourmenter, où il ne trouve pas la sortie. Et en même comme tout un symbole, DiCaprio est un rat, paradoxalement l'animal qui il a une phobie, et dont il ne peut feindre la présence sur le tournage.

La bande-annonce de "Shutter Island" pouvait faire penser à un thriller diabolique haletant. On garde le début pour en enlever la fin. C'est un thriller, sombre à souhait (voir même peut-être trop). Il est diabolique, à l'image du docteur Cawley, interprété admirablement par Ben Kingsley. Mais il n'est pas forcément haletant. On sent bien passer ces 2h15 de film, mais qui laisse aussi accrocher le spectateur à son fauteuil, se demandant comment ce Teddy Daniels va faire pour s'en sortir.

Le scénario est de plus en plus brumeux, et la seconde partie du film pousse même le spectateur à se demande : Qui est le fou ? Martin Scorsese se lance dans une réflexion sur la condition humaine, sur les formes de folie, qu'est ce que la norme humaine, qu'est ce que la folie ? Il est indéniable que le personnage de Teddy Daniels est central : son réalisateur vise à étouffer aussi bien l'acteur que son personnage, comme l'acteur était ce personnage. Le cinéma est alors dans une sorte de pure réalité, une autre dimension. « Let me see your face ». Le cri de Daniels, comme symbolique d'un visage que lui-même ne connaît pas. On peut tout de même tenter de tirer le voile sur DiCaprio. On a vu son visage : Leonardo DiCaprio est un acteur ahurissant, et sans Scorsese, il serait probablement quelconque.

"Shutter Island" est une quatrième collaboration entre les deux hommes bien troublante. Un film indéniablement époustouflant dans sa manière de montrer les choses, comme si tout concorder ensemble, à la fois la fiction et la réalité entre ces deux talents du cinéma. Une chose est sûre : on ne peut pas sortir indemne de "Shutter Island".

Auteur :Christopher Ramoné
Tous nos contenus sur "Shutter Island" Toutes les critiques de "Christopher Ramoné"

ça peut vous interesser

Les Aventuriers des Salles Obscures : 20 février 2021

Rédaction

Le Dernier Château : A mon commandement, repos !

Rédaction

Les Trois Jours du Condor : Espion lève-toi !

Rédaction