16 janvier 2021
Critiques

Shutter Island : Excessif

"After hours" est l'histoire d'un type qui n'arrive pas à rentrer chez lui parce qu'un quartier entier de New York, dans sa folie furieuse, en a décidé ainsi. C'est tout Scorsese, et pourtant lui-même ne le considère que comme une œuvre secondaire, uniquement vouée à financer une oeuvre plus majeure, "La dernière tentation du Christ". Quel rapport avec "Shutter Island" ? Peut-être aucun, si ce n'est la durable passion de Martin Scorsese pour les images sans concession, pour les rythmes alertes et les enchaînements bien aiguisés.

C'est précisément cette griffe un peu sauvage qu'on affectionne chez lui, mais c'est aussi ce qui fait parfois de sa caméra un outil d'amplification déconcertant. Soyons clair : on ne peut guère déconseiller d'aller voir "Shutter Island". L'image est belle, les acteurs sont irréprochables, le scénario est torturé à souhait et le film commence vite, très vite, sur un fond musical digne de la Symphonie du Nouveau Monde (c'est à peine exagéré) ! Les portes d'un bien triste monde s'ouvrent devant le spectateur ébahi qui s'introduit dans la noirceur, tel un voyeur qui n'assumerait pas sa fascination pour la laideur des corps et la terreur engendrée par la folie.

Le tableau atteint son paroxysme quand, en surimpression de l'asile déjà plus que lugubre, circulent des souvenirs des camps de la mort et des amours perdues. Mais quelle enquête faut-il mener, au juste ? Le marshal Dicaprio ne s'est-il pas fait manipuler depuis le début ? Les vingt premières minutes de "Shutter Island" constituent un début délectable de thriller épouvantable. Où est le hic ? La faute à Marty. Il brouille les pistes, et ce faisant, il nous en montre certaines bien trop clairement ! Pour celui qui sait observer, pour celui qui sait écouter, le suspense ne sera que de courte durée ! Notre réalisateur adoré en a trop fait, en a trop rajouté et a laissé la sobriété au placard, ce qui ne rend pas le plus fier service à l'adaptation du roman : la littérature est apte à décrire une ambiance subtile, et Scorsese l'a transformé en festival de l'horreur bien trop rapidement…

Il suffit de songer au "Shining" de Kubrick, qui déploie des trésors visuels pour suggérer ou retarder le moment de montrer crûment l'horreur la plus insupportable. Certes, le film a un peu vieilli et reste loin de la grande qualité des effets de "Shutter Island", mais la psychologie du spectateur semble mieux employée… Il faut donc courir voir le dernier Scorsese par amour pour Marty, mais qui aime bien châtie bien : dès que le charme se rompt ne serait-ce qu'un instant, il faut le lui souffler au creux de l'oreille, tout en savourant ce qu'il a toujours réussi.

Auteure :Julie Stankiewicz
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