8 décembre 2019
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Signes : Qu’il est bon d’avoir peur…

Avec « Signes », M. Night Shyamalan, réalisateur qui nourrit le cinéma hollywoodien d'idées neuves dans un style qui lui est propre, nous entraîne dans un univers qui porte indubitablement sa signature.

A travers ce thriller ésotérique, M. Night Shyamalan explore à nouveau des thèmes qui lui sont chers : l'enfance et la famille, une famille tout ce qu'il y a de plus ordinaire qui n'est pas prête (mais l'est-on un jour ?...) à affronter l'irruption de l'inexplicable dans un quotidien banalisé.

La lecture de « Signes » a deux niveaux : d'abord, « Signes » renvoie aux symboles surnaturels, sans explications scientifiques convaincantes et montre la réaction du monde face à un phénomène qui le dépasse : paranoïa, dressage médiatique, bombardement ininterrompu d'informations tous azimuts, images au pouvoir de pénétration massive, tentation forte de céder à la panique.

Cependant, « Signes » se focalise avant tout sur la manière dont une famille particulière, avec son vécu et ses habitudes, aborde les événements de la vie. Il révèle les forces et les faiblesses humaines de Graham, Merrill, Morgan et Bo et leur impose de revoir leur système de pensée qu'ils croyaient inébranlable. C'est à eux de décider de leur perception des choses. 

Mel Gibson, qu'on n'avait pas vu depuis longtemps dans un film à la hauteur de son talent, est bouleversant d'intensité en homme blessé dans sa chair, en proie au doute existentiel. Il incarne Graham Hess comme s'il acceptait de se mettre à nu devant nous et fait passer à l'écran toute la complexité du personnage : investi du devoir de père de protéger sa famille mais vulnérable lui-même, il ne sait plus qui croire et que croire.

A ses côtés, Joaquin Phoenix dégage un charme tout en retenue dans le personnage de Merrill, sachant faire ressentir fortement sa présence ou se tenir en retrait pour rendre crédible son personnage.  Quant aux deux enfants, Rory Culkin et Abigail Breslin, ils sont adorables, sidérants de spontanéité, épatants dans leurs attitudes d'enfant avec des paroles tantôt décalées par rapport à la situation qu'ils peinent à comprendre, tantôt lucides sur le monde des adultes. Ils sont tellement vrais qu'on n'a plus l'impression qu'ils jouent mais qu'ils vivent leurs personnages respectifs.  

Toutefois, j'ai surtout envie de m'incliner devant la force de M. Night Shyamalan à nous faire croire aux thèses les plus incroyables, celles qui dépassent l'entendement : à aucun moment son film ne ressemble à une farce indigeste.

Au contraire ! Rarement mes nerfs ont été autant éprouvés, mis à si rude épreuve car le climat de tension, à la limite du supportable, dépasse le seuil paroxysmique que seul alors l'humour parvient à désamorcer. M. Night Shyamalan n'a pas son pareil pour créer une ambiance de malaise asphyxiant, un suspense psychologique insoutenable, une peur si effroyable qu'elle vous glace le sang et ne vous lâche plus.

Avec brio, il utilise un cadrage très serré pour nous faire entrer dans l'intimité des personnages et nous rend claustrophobes : c'est horrible d'être enfermés sans voir ce qui se passe à l'extérieur. Il nous plonge dans l'inquiétude avec des bruits qui, comme ça, n'ont l'air de rien : le chien qui aboie sans raison apparente, les grelots qui tintent à l'entrée, le bruissement des maïs, l'obscurité frémissante.

Dans le film, on voit peu les extra-terrestres qui ne sont montrés que partiellement : un passage éclair, une patte, un souffle… et c'est là le génie du réalisateur : il se joue de notre imagination en suggérant l'inacceptable. Il réussit même un clin d'œil discret à ET, l'œuvre du maître.

 L'irruption du surnaturel, la lumière blafarde, la sensation d'une présence invisible, une bande-son aussi dense que terrifiante. On est pris dans l'engrenage de la peur qui nous saute à la gorge. L'ingéniosité de M. Night Shyamalan ne s'arrête pas là puisqu'il choisit, même à la fin, de ne pas tout nous expliquer, de laisser à l'histoire sa part de mystère, de laisser notre propre imagination, bien plus forte que tout ce qu'il aurait pu révéler à l'écran, décider de ce qui a pu se passer.

Nous n'en saurons pas plus que les personnages – certains risquent d'être terriblement frustrés- parce que, comme eux, nous avons la possibilité de décider de notre vision des choses, des faits, des circonstances, du monde. Une chose est sûre : on ressort de là avec la peur qui nous hante comme la gangrène qui ravagerait nos entrailles. 

Auteur :Nathalie Debavelaere
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