21 février 2020
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Signes : Un suspense intense !

L'immense talent de M. Night Shyamalan est de faire du déjà-vu (les extraterrestres) un film qui non seulement vous hypnotise (tout en vous impliquant dans ses propres réflexions) mais aussi vous terrorise. A partir de nos peurs les plus primaires et anciennes (l'invasion, la nuit, le noir complet, l'asphyxie…), le réalisateur du Sixième sens et de Incassable parvient à créer un suspense intense.

Pourtant, Shyamalan ne cesse de proposer des plans apparemment simples et sobres. Mais l'image, très soignée, est en fait très élaborée et truffée de détails (une deuxième vision s'impose d'ailleurs). La construction est identique à ses films précédents : Shyamalan prend son temps pour nous ébahir lors de la résolution finale, qui ne représente toutefois pas l'intérêt majeur du film. La clé pour lui est de jouer avec les décors et les plans serrés, suggérer plutôt que de montrer. Et ça marche terriblement bien.  Les références sont évidentes : Hitchcock n'aurait pas renié ce prodige qui parvient à nous coller aux fauteuils, tendus et les sens en éveil. De plus, Shyamalan, pareil au maître, s'octroie des apparitions (d'ailleurs plus longues que celles de Sir Alfred), ici dans un rôle bref mais important et profond.

Le deuxième nom, auquel on le compare souvent, est Steven Spielberg. D'abord parce que leurs films mettent souvent en scène des enfants, orphelins ou non, en tout cas des enfants à part, perturbés par un événement et ayant une vision du monde atypique. Ensuite et surtout pour cette capacité créative, cette envie de jouer avec le spectateur tout en l'amenant sur des terrains de réflexion fascinants. Chez Shyamalan, le spirituel et le surnaturel sont très liés, même s'ils se divisent parfois. Le grand thème de Signes étant la croyance au hasard, aux coïncidences, ou aux miracles. Ce qui distingue ce film est que tout en s'intéressant à ce qu'on pourrait appeler la troisième voie (la croyance en Dieu, la croyance en l'Homme, et donc, troisièmement, la croyance en quelque chose d'autre, indéfinissable), il ne s'attarde pas sur les extraterrestres mais bien sur l'homme.

Signes souligne d'une manière générale les faiblesses de l'homme, ses grandes peurs, notamment concernant l'inconnu, l'être différent, d'une autre peau (extraterrestre comme humain : vert, noir, jaune…), et pire : l'homme invisible, ennemi introuvable. Revenant au particulier, Signes, comme tous les films de M. Night Shyamalan, se concentre sur des personnages qui doivent se regarder en face à un moment crucial de leur vie pour mieux se connaître, des personnages qui doivent faire des choix. Des personnages qui peut-être ne sont que le reflet du réalisateur. 

En l'occurrence, ce personnage de pasteur est interprété magistralement par un Mel Gibson inspiré, jamais aussi bon que lorsqu'il se retranche dans la fragilité, empêtré dans ses paradoxes. Sa démarche, son regard à la William H. Macy, tout est étudié pour aboutir à l'excellence dans des scènes très intenses qui sont autant de scènes clefs. N'oublions pas les prestations de Joaquin Phoenix, qu'on a rarement vu dans ce type de rôle ; le regard profond de Rory Culkin, frère de Macaulay ; et la petite Abigail Breslin, poupée mi-ange mi-démon, proprement envoûtante. 

Signes est assurément une des grandes réussites de l'année, qui demande plusieurs visions, évidemment en version originale.

Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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