15 octobre 2021
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Sin City : Audacieux

Surgie de l'imagination de Franck Miller, "Sin City" (présenté à Cannes) fait partie de ces oeuvres qui ont marqué durablement le comics américain et donc la bande dessinée contemporaine. Et c'est sans doute ce qui fait de la transposition de cette histoire sur un autre medium un véritable numéro d'équilibriste. Dans la forme tout d'abord puisque la recherche visuelle menée par Miller tend vers l'abstraction la plus totale, avec un noir et blanc qui refuse toute nuance de grise.

Audace d'un dessin devenu légendaire qui symbolise la frontière la plus stricte de cette ville volontairement archétypale entre le bien et le mal. Dans ce cadre, le long métrage de Robert Rodriguez tient presque de la révolution tant il parvient à rendre intactes les émotions crées par l'ouvrage originel. Et la qualité de l'oeuvre du réalisateur mexicain est surtout qu'à défaut de réfléchir sur le support dont il né, il s'en sert admirablement, transformant certains de ses plans en véritables vignettes de bande dessinée au cadre et aux couleurs remarquables.

Sur le fond, il faut bien avouer que le "Sin City" de Rodriguez est bien loin d'être une révolution de celui de Miller. Sans nul doute car les noms de ces deux artistes figurent côte à côte derrière la case réalisation. Plus qu'une adaptation, Rodriguez vise ici la simple transposition d'un univers noir et violent qui se suffit amplement à lui-même. La seule originalité qu'il se permet - et qui fera sans nul doute rugir les fans inconditionnels - semble être la pointe de couleur vive qui surgit parfois dans cette trame bichromate. Pour preuve, Rodriguez n'a même pas tenté de rassembler dans une même intrigue les trois graphics novels de Miller. Juxtaposées les unes aux autres, les trois histoires n'en sont pas moins révélatrices de l'état d'esprit qui règne au sein de Sin City. Ville infestée de criminels, de flics ripoux et de femmes fatales, Sin City reste la ville du vice et du péché par excellence.

Il faut aussi rendre grâce à la distribution de Robert Rodriguez qui a su s'entourer d'une troupe de comédiens talentueux aux noms prestigieux. S'il ne fallait en retenir qu'un, ce serait assurément Mickey Rourke, grimé et maquillé en un Marv au sommet de la barbarie, auteur d'une prestation hallucinante qui nous fait regretter de ne pas le voir plus souvent sur nos écrans. Notons également la performance d'Elijah Wood, définitivement sorti de sa quête de l'Anneau qui incarne à merveille un psychopathe muet et sanguinaire. De côté des femmes fatales - et elles sont nombreuses - la belle Jessica Alba reste très à l'aise aux côtés d'un Bruce Willis, monotone du début à la fin du film.

Tout est donc réuni pour faire de ce film la rencontre inédite de la virtuosité époustouflante du septième et du neuvième art. Une rencontre qu'Enki Bilal avait initié l'année dernière avec Immortel mais que Rodriguez et Miller ont assurément poussé plis loin. Ainsi, ils ont su créer le ciné-BD où le virtuel prend vie pour mieux s'abstraire de toute réalité. Et c'est cette symbiose parfaite qui fait de "Sin City" une oeuvre extraordinaire et intimement originale, créant aux yeux du spectateur jouissance et fascination. Un film qui marquera son temps par la singularité de l'intrigue de Miller, par la qualité de son travail graphique et par la grâce avec laquelle Rodriguez a su l'adapter sur grand écran...

Auteur :Vincent Vantighem
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