31 octobre 2020
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Sin City : Critique n° 2

Avec l'arrivée sur nos écrans de X-Men, Spiderman et autres Indestructibles, nous sommes fermement entrés dans l'ère de l'adaptation des Comics au cinéma. Et ce n'est pas la sortie prochaine des 4 Fantastiques ou de Batman qui contrediront cette tendance. Nous pouvons pourtant constater un certain changement avec Sin City, qui va au-delà de l'absence de super héros dans la bande dessinée d'origine, et qui n'est pas sans rapport avec sa sélection pour le 58ème Festival de Cannes. Nous parlons bien sûr d'esthétique. Car ce qui compte dans le film de Frank Miller et Robert Rodriguez, ce n'est pas l'histoire (ou plutôt les trois histoires), ennuyeuse au possible : trois hommes se mettent en tête de sauver leur dulcinée respective. Ce qui compte dans Sin City, ce sont les décors et la "photographie". Bien qu'il ait été réalisé grâce à la technologie numérique, les acteurs étant incrustés dans les décors par ordinateur après avoir joué devant un écran vert, nous pouvons affirmer que Sin City donne l'illusion d'avoir été réalisé grâce à de spectaculaires jeux de lumière. Le contraste entre le blanc et le noir des décors et des personnages est surprenant : chaque parcelle de l'écran semble prendre vie devant nos yeux au fur et à mesure que les contrastes changent.

Les lunettes du jeune garçon par exemple, interprété par Elijah Wood, le Frodon du Seigneur des Anneaux, sont étonnantes. Avec la blancheur et l'opacité de leurs verres, elles nous empêchent au départ de voir les yeux de ce cannibale : ainsi mystifié, son regard en devient d'autant plus cruel lorsqu'il nous est dévoilé. L'utilisation des couleurs est quant à elle très intéressante car elle permet de caractériser les personnages. Au-delà de la présence du rouge qui stylise le sang, comme par exemple lorsqu'il gicle sur le visage presque angélique de Miho, les couleurs nous permettent de nous focaliser sur un personnage spécifique (le rouge à lèvres et la robe à paillettes rouges de la femme de la séquence d'ouverture, les yeux bleus de Becky, les cheveux blonds de Goldie ...). Tous ces petits symboles éveillent notre attention pour aboutir dans la troisième histoire à une sorte d'apothéose gore : l'horrible personnage entièrement jaune. La disparition de ce bonhomme difforme, en supprimant la dernière couleur présente dans le film, mènera à un contraste extrême entre le blanc et le noir, avec le personnage d'Hartigan qui disparaîtra entièrement dans le blanc à la fin de Sin City.

C'est grâce à cette prouesse technologique, qui donne au film une esthétique jamais vue, que Robert Rodriguez a réussi à convaincre Frank Miller qu'il pourrait adapter sa bande dessinée : l'auteur craignait que son œuvre soit dénaturée. Mais si effectivement le grand écran reste dans ce cas totalement fidèle à l'œuvre d'origine, c'est malheureusement ce qui empêche le film de s'épanouir. Bien sûr lorsque l'on adapte le travail de quelqu'un il faut savoir y rester fidèle, mais il ne faut pas oublier que le cinéma et la bande dessinée sont très différents l'un de l'autre, et que ce fossé n'est pas construit uniquement sur le fait que dans l'un des deux cas les images sont animées. L'omniprésence de la voix off par exemple provient des bulles de la bande dessinée. Avec les plans du personnage de Dwight au volant, cette voix off fait aussi bien sûr référence au film noir ou au film de gangster, mais sa récurrence, passant inaperçu dans l'œuvre originale, se fait trop lourde dans l'adaptation cinématographique.

Enfin, si nous arrivons à accepter ces petits défauts grâce à l'image du film, l'esthétique de Sin City et son splendide casting n'arrivent pas pour autant à compenser notre désintérêt total pour les personnages. Ce qui semble captiver avant tout les réalisateurs, c'est la ville de Sin City : en nous racontant plusieurs histoires ils ne réussissent pas à étoffer suffisamment les personnages pour que nous puissions nous attacher au sort de Hartigan et de Nancy (Bruce Willis et Jessica Alba), Dwight et Gail (Clive Owen et Rosario Dawson), et Marv et Goldie (Mickey Rourke et Jaime King).
Auteur :Marie Guyot
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