20 janvier 2021
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Skyfall : La résurrection

Et voilà : nous sommes venus, nous avons vu et nous sommes sortis vaincus et entièrement conquis, face à ce qui est sans aucun doute LE blockbuster de l'année, le grand film que l'on attendait, aussi divertissant, palpitant qu'intelligent et émouvant. Ainsi "Skyfall", réalisé par Sam Mendes, gagne par KO face au décevant "Batman" de Nolan, remet à sa place sont héritier qu'est "Jason Bourne" et bat au point le pourtant très bon "MI4" d'Andrew Bird. Ce "Skyfall" réussit même l'exploit, après un précédent à oublier "Quantum of Solace", de dépasser le premier de l'ère Daniel Craig, "Casino Royale" en y ajoutant une profondeur supplémentaire, une dimension introspective sur le vieillissement et la question des origines du mythe, tout en ne négligeant pas l'humour et l'action. Le tandem Craig-Mendes a ainsi fait des miracles pour notre plus grand plaisir !

Ce "Skyfall" nous cueille dès le début avec une haletante et virtuose scène d'action en Turquie, malheureusement l'opération échoue et c'est Bond qui en fait les frais… A la fin de ce prologue le célèbre agent secret est alors déjà dans la rubrique nécrologique, ou a-t-il simplement disparu ? Avant peut-être qu'il ne renaisse des ses cendres et viennent hanter les plus de deux heures restantes du film… Je vous laisse deviner ! Ce qui fait la force de ce "Skyfall", au-delà des figures imposés de la franchise et du genre de l'action-espionnage, est cette plongée dans les origines, la psyché et les traumas de son (anti)héros, nous voila ainsi face à une profondeur des sentiments et un dévoilement du personnage auquel nous ne nous attendions pas. C'est d'abord l'usure, la vieillesse qui gagne Bond, mais il ne va pas pouvoir s'empêcher de reprendre DU service afin d'aider sa chère patrie à se sortir des griffes d'un terroriste qui s'est attaqué au siège du MI6 à Londres.

La résurrection n'est pas aisé : Bond revient telle une épave, mal rasé, imbibée d'alcool, physiquement diminué, il a le souffle court, ne sait plus viser et rate ses tests physiques ! La légende en prend un coup, à l'instar de Batman au début de "The Dark Knight Rises", figure usée et dépassée après tant d'exploit pour sauver sa ville. C'est l'indéfectible soutien de la fidèle M qui lui permettra de passer outre ces tests, la confiance et la fidélité feront la différence, elle a besoin de son « fils » pour qu'il sauve les meubles d'un MI6 en pleine déroute et la protège elle, aussi.

Il n'y pas que Bond qui a changé et subit les assauts du temps, c'est l'état du monde qui est en perpétuel évolution et ébullition, de nouveaux enjeux géopolitiques se sont dessinés depuis la fin de la guerre froide. La franchise a du s'adapter à une nouvelle donne, finie la bipolarité est/ouest, la Guerre froide est révolue, l'individu a pris le pas sur le collectif, le groupe, il faut donc se renouveler, notamment sur la question de l'ennemi, du fameux « méchant « ! Ce dernier est indispensable aux aventures de James Bond, à ses missions, il n'y a pas de grand cru "bondien" sans un ennemi charismatique (Jaws ou Le Chiffre font partie des meilleurs exemples), ici Silva (Javier Bardem délicieux en blond-platine !) s'impose comme un digne héritier en hacker génial et complètement cinglé. Leur duo culmine dans une scène très drôle ou Silva remet en doute l'hétérosexualité de Bond, le film se plait à désacraliser cette icône, il a vieillit, il boit plus qu'il ne conquiert de belles femmes, et même le « bad guy » se permet de moquer le mythe, les temps changent… Mais Bond, James Bond, va bientôt se reprendre et remettre les choses en place !

"Skyfall" se pose constamment la question de l'ancien et du moderne, « old school », « old fashioned » sont des termes que l'on entend, qui reviennent. Pour les 50 ans du mythe on réactive des éléments et figures de la saga : une vieille et superbe Aston Martin, un bon vieux fusil de chasse pour se défendre, Q et ses gadgets qui revient sous les traits d'un jeune geek et va finir par s'imposer lors d'une joute verbale mettant en exergue leurs différences d'âges et culturelles. C'est alors tout le film qui se remet en question via les doutes et interrogations de son personnage qui au-delà de sa détermination, de sa dépendance à ses mission et à son statut, se demande si il est toujours à sa place. Bond doit trouver les moyens et la force de se renouveler, à l'unisson de la franchise, via ce nouvel opus, qui, avec un réalisateur confirmé et talentueux aux manettes (accompagné d'une superbe équipe technique, lire l'édito pour plus de détails), s'est donnée les moyens à même d'apporter un plus, visuellement mais aussi sur le fond, la psychologie, de ce mythe toujours pourvoyeur de sensations fortes et émotions divers.

On retrouve ainsi l'idée de l'épuisement physique mais aussi psychologique, en ce sens le film revient sur les origines, l'enfance de Bond. "Skyfall" se clôt d'ailleurs lors d'une longue séquence sous forme de « pèlerinage » dans son village d'enfance d'Ecosse, le seul lieu ou il pourra se protéger, affronter ses propres démons et ceux qui le pourchasse. Il y retrouve une figure paternelle (Albert Finney), sa maison maintenant délabrée, accompagnée de sa mère putative… le temps d'un plan on aura même un élément sur sa mère, la vraie… C'est ainsi une émouvante plongée dans les traumas, la psyché de cette icône cinématographique, la transmission, la filiation, la mélancolie gagne la fin du film.

On nous donne à voir la relecture du mythe, l'enjeu est alors de trouver un équilibre entre la réactivation des codes et gimmicks de Bond et une manière de s'adapter aux nouvelles règles du blockbuster, plus sombre et profond, avec comme matrice la trilogie "Batman" de Nolan : ce sont des films crépusculaire, dans lesquelles on retrouve l'idée de l'écroulement, de l'enfoncement, des ruines, de motifs, tels la grotte, le tunnel, le bunker ou encore l'île fantôme abandonnée dans ce "Skyfall", qui est un de plus beaux exemples ; on s'enfonce alors pour mieux se protéger, de l'ennemi mais aussi et surtout de son propre mythe, qui a besoin d'un retour aux origines pour repartir de plus belle. Cette relecture passionnante, le film la doit donc à cette quête existentielle rare dans les précédents épisodes. Sa force est de trouver un superbe équilibre entre les références à l'histoire et codes de la franchise, ainsi qu'à d'autres films classiques ("Vertigo" de Hitchcock entre autres) et ceux donc récents, les « modernes » qui exercent une influence notable et permettent ainsi de re-dynamiser le grand et bon cinéma d'action, c'est-à-dire "Jason Bourne", "Batman", "Mission Impossible" et d'autres réussites du genre.

L'audace de ce Bond, telle une synthèse de ces antihéros de la dernière décennie, est alors de faire de ce héros des temps modernes un homme qui doute et vieillit, qui souffre, et s'interroge sur ses motivations, son passé, ses blessures anciennes. L'introspection le guette, la profondeur gagne ainsi la fiction, ce n'est plus le tout à l'action, l'émotion gagne du terrain. Cela pourra agacer les puristes mais il faut se faire à cette vision contemporaine et anxiogène, au diapason de notre époque. Porté par un acteur qui incarne si magnifiquement le rôle de Bond, notre agent spécial préféré a encore de beaux jours devant lui, surtout maintenant qu'il s'est plongée dans ses tourments passés afin de rebondir et revenir encore plus fort. Résurrection parfaitement achevée et réussie Mr Bond !

Auteur :Loïc Arnaud
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